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catéchèse 2.3.5

Catéchèse à Louveciennes le 2 mars 2005

Pourquoi et comment organiser le sanctuaire

La théologie de l’église – temple chrétien

On va voir ce que fait la tradition chrétienne dans le domaine de l’architecture, puis on cherchera la signification de ces ordonnances et l’application à nous…

Comment les chrétiens ont-ils disposé leur sanctuaire ?

L’Eglise primitive :

l’Assemblée (ekklesia) est l’Eglise et le temple non fait de main d’être humain (cf. enseignement de saint Paul sur le baptisé « temple du saint Esprit »)

mais l’Eglise se réunit : maisons particulières, tombeaux, catacombes, basiliques, maisons transformées en église ; utilisation de locaux de fortune

Elaboration d’une tradition architecturale chrétienne

Au 3ème siècle on trouve chez les Grecs comme chez les Latins des églises aménagées avec sanctuaire fermé par trois portes (au musée du Latran, une orante sur un portique composé de colonnes et de chapiteaux, entrée par 2 marches, au centre l’accès est libre) ; cas des basiliques souterraines. Naples, catacombe de saint Janvier, taillée dans le roc, 3ème / 5ème siècle ; la présence d’une iconostase signe d’antiquité (cf. Sct-Reparatus à Orléansville, El-Asnam, Algérie) ; l’ancien Saint-Pierre de Rome : double colonnade en forme de portique devant l’autel (Liber pontificalis), colonnes élevées par Constantin, encore en place au 15ème et 16ème siècles. A Rome la crypte Sainte-Priscille avec un iconostase creusé, avec une porte. Selon Eusèbe de Césarée, 12 colonnes signifient les 12 apôtres. Une église Saint-Paul à Rome a un(e) iconostase avec sculpture. Saint-Jean de Ravenne avait au 5ème siècle un(e) iconostase d’argent sculpté (Galla Placidia) ; au 6ème siècle Sainte-Sophie de Constantinople a un iconostase d’argent sculpté, des colonnes couronnées d’architraves (partie d’un entablement portant directement sur les colonnes) ; le sanctuaire est fermé par une colonnade et une porte d’argent, entre bèma et soléa (elle-même entre bèma et ambon ) ; à Myre en Lycie, iconostase à colonnes ; en Géorgie (Sion), 5 arcades avec colonnes sans chapiteaux, l’arcade centrale est plus large (8ème siècle) ; Torcello (7ème s.), un iconostase orné d’animaux sculptés ; Saint-Riquier dans la Somme (11ème ), 6 colonnes

L’iconostase a disparu chez les Latins, il s’est maintenu chez les Grecs à partir du 6ème siècle et a reçu les saintes icônes après le 8ème siècle (triomphe de l’Orthodoxie après l’iconoclasme, 787, Nicée II, fêté le premier dimanche du grand Carême). L’iconostase s’est développé(e) dans toutes les Eglises orthodoxes : la structure initiale a été progressivement recouverte de plusieurs (5) rangées d’icônes, suivant une ordonnance établie (Russie). Certaines églises en Grèce (Athènes, Thessalonique) ont gardé un aspect archaïque : des colonnades en marbre, surmontées d’une poutre horizontale, reliées au sol par des cancels, et par des portes (« belle porte » ou « porte sainte » au centre, avec l’icône de l’Annonciation ; portes « diaconales » au nord et au sud, portant l’icône des saints archanges ou des saints diacres) ; deux ou quatre icônes (Christ, Mère de Dieu, Précurseur, et patron… ; un rideau, ou voile, s’étend sur toute la largeur du sanctuaire : il est ouvert au début des saints mystères, refermé pour la litanie « de paix », et ouvert à nouveau au départ des catéchumènes, refermé pour la litanie « instante » (triple) et rouvert pour la communion du Peuple ; il est laissé ouvert jusqu’au renvoi. Il demeure fermé pour tous les offices non solennels (vêpres et matines fériales, petites heures, etc.)

Le voile ou rideau de différentes formes existait autre fois : tentures liturgiques (qeia parapetasmata), rideaux simples ou brodés, ornant le ciborium et les portes des basiliques primitives, des baptistères, lourds et rigides, relevés par un nœud au milieu de la porte ; ou rideau fendu au milieu et relevé à droite et à gauche (patère ou embrasse), orné d’un anneau en métal au sommet, riche courtine (papes et empereurs) : on en parle dans la Chronique pascale et le Liber pontificalis pour Rome et Constantinople. Saint Paulin de Noles en parle : « les seuils d’or sont ornés de voiles blancs comme la neige », « de riches voiles pour couvrir les portes, soit d’un lin pur, soit ornés de figures coloriées dans le tissu ». Les Arméniens n’ont pas développé l’iconostase, ils ont gardé la tradition la plus ancienne, celle du grand rideau que l’on tire complètement. Les Egyptiens (Coptes) ont un rideau en cuir orné de croix et une rangée d’icônes sur la partie supérieure.

Autres structures de l’espace liturgique : le tref (porte triomphale en bois ou en métal d’une imposte (tablette saillante posée sur un pilier de nef) à l’autre de l’arc triomphal ou iconostase, grande arcade entre sanctuaire et nef), ciborium ou baldaquin (construction cercle/carré au-dessus de l’autel, dans le sanctuaire) ; le jubé : tribune où l’on chantait l’Evangile (« jubeo domne benedicere »), sorte de grand lutrin ; l’ambon pour les lectures vétéro testamentaires et l’épître (à Milan et à Ravenne), séparant le chœur et la nef (les Constitutions apostoliques en parlent) ; le gloria au-dessus du grand portail de l’église, à l’extérieur (ou « legenda », on y chantait l’hymne latine « gloire, louange, honneur… » de la fête des Rameaux ) ; la soléa, avancée demi-circulaire de la bèma (estrade) dans la nef ; le cancel : clôture à claire-voie, grille, balustrade, garde-fou, ancienne barre des tribunaux, dans les basiliques chrétiennes, grillages en marbre (Eusèbe de Césarée : protéger le sanctuaire de la foule, « aucun laïc ne doit entrer » dans le sanctuaire, concile In Trullo).

Structure du temple chrétien : nef, sanctuaire et dôme. Plan de l’église : en croix, marteau de la Passion (Toulouse), forme de gril à l’Escurial (martyre de saint Laurent), circulaire (cf. Saint-Sépulcre), octogonale (Résurrection) hexagonale (création), carrée ou tréflée. On trouve toujours (sauf églises très petites) trois portes, à l’extérieur et à l’intérieur à la limite du sanctuaire. Le bâtiment est très généralement « orienté ». On trouve toujours une délimitation, souligné souvent par une ou plusieurs marches (« degrés »), abritant le sanctuaire. Il y a donc un héritage architectural chrétien universel, qui est notre patrimoine. Quel sens a-t-il ?

Pourquoi cette élaboration ?

On a donné des raisons purement pratiques : l’accroissement du nombre des fidèles à l’époque constantinienne aurait demandé la protection du sanctuaire.

Les saints Pères ont toujours tenu à conserver le sens théologique des formes.

- conscience de l’interaction du rite, de l’architecture, de la Parole (psalmodiée et proclamée), du geste, de l’image, de la lumière…

- théologiquement : conscience de la sanctification du temps (temps liturgique) et de l’espace (espace liturgique), lieux de la manifestation (théophanie) de la Divinité ; sens du sacré et de la sainteté…

- le sens du symbole à expliquer. Membres de l’Eglise orthodoxe, nous héritons de la mentalité des Pères grecs : « le signe sensible, loin d’être seulement l’image suggestive d’une vérité intelligible, la contient et l’exprime… le symbole…est ce qu’il signifie », il participe à la nature secrète du « paradigme », modèle, type, originel : à travers le symbole, la présence de Dieu se manifeste par les énergies incréées, se répand vers nous et nous illumine. En ce sens, le symbole dévoile, est transparent à la présence (il n’est pas un symbolisme ou une allégorie intellectuelle) ; il voile en dévoilant ; il n’est pas décoratif, il est significatif, et surtout, il atteste la présence. D’où les innombrables gestes de vénération et de révérence. (le Christ ne dit pas « ceci est le signe de mon corps », ou « ceci va devenir mon corps » ; Il dit : « Ceci est mon corps… » - définition du symbole sacramentel) : on vénère le Christ, non l’icône du Christ.

On contemple la réalité invisible dans la transparence du visible. Saint Maxime : « la vue symbolique des réalités intelligibles par le moyen des réalités visibles est science spirituelle et intellection des visibles par les invisibles. Il faut, en effet, que les réalités qui se manifestent les unes par les autres se réfléchissent les unes les autres en toute vérité et en toute clarté, et qu’elles aient entre elles une relation qui ne soit pas brisée » (259)

Exemples

Symbole des portes : triple porte, porte extérieure et intérieure, « royales », « saintes » ; passage « ce lieu est redoutable ; c’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel » (Gen.28, 17). La porte est un résumé de tout le temple : caverne sacrée ; « Je suis la porte par où entrent les brebis… Je suis la Porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jean 10, 7-9)), porte consacrée avec le saint chrême ; la porte principale est elle-même une synthèse des portes célestes ; portail roman

Fête de la Dédicace (office : lire dans l’Euchologe)

Porte et image (roman et byzantin) – l’image comme porte

Voile, rideau : ornent les portes, ou les doublent (pour l’orthodoxie, le voile est l’icône)

L’iconostase est La Porte-Christ, d’où la place de l’icône du Christ, de la Croix, de la Mère de Dieu – proclamation de l’Incarnation. Puis Déisis, rangée des fêtes, ou des patriarches et des prophètes : gloire divine et salut humain ; place de l’icône de la sainte Trinité, révélée par le Christ : on accès au Royaume par le Christ. Saint Paul : « Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus, par cette voie qu’Il a inaugurée pour nous, récente et vivante, à travers le voile – c’est-à-dire sa chair – en tant que pontife souverain à la tête de la maison de Dieu, approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures d’une conscience mauvaise et le corps lavé d’une eau pure » (Hb.10, 19-22). C’est devant cette porte que le Peuple communie (il y a eu le cas autrefois où tous communiaient à l’autel). L. Ouspenski dit que l’iconostase serait le symbole du corps du Christ, assimilé au voile du temple juif suspendu à la limite du Saint des Saints : c’est à travers ce voile, en présence de la chair crucifiée du Christ que le fidèle communie (le voile est à la fois celui qui a été déchiré au moment de la Passion, et le second voile eschatologique qui subsiste jusqu’au Retour glorieux). L’iconostase exprime donc l’union, l’interpénétration du divin et de l’humain, image de « l’amour et de l’unité, dans le Christ, des saints terrestre et célestes » (Syméon de Thessalonique, +1429), famille du Christ et des saints à laquelle s’intègre les baptisés  de ce monde (nef = Histoire en marche ; sanctuaire = Royaume, Histoire accomplie)

Symbole de l’autel : on y voit des mosaïques de l’Arche d’alliance ; la Pierre sacrée recouverte du baldaquin (ciborium) : dôme supporté par quatre colonnes et qui recouvre l’autel ; Autel = Christ, Tombeau, Trône ou Marchepied du Christ, sanctifié par la présence du Christ sur lui (Evangile, Croix, Agneau et Calice), il est recouvert de voiles (trois pour signifier le linceul)

Symbolisme cosmologique : le temple chrétien manifeste la correspondance ciel/terre ; invisible/visible – vertical et horizontal (nef/sanctuaire) ; temps : passé-présent-avenir (monde futur, Royaume, fin des temps, Jugement, ), accompli/non-accompli. Saint Pierre Damascène : « l’église est l’image du monde ». Saint Maxime ajoute que l’église-Eglise est également l’image de Dieu (p.257), du monde visible et invisible (p.258), de l’Homme (259), de l’âme humaine (lire dans la Mystagogie), il hérite l’enseignement de Denys dit l’Aréopagite (la Hiérarchie ecclésiastique),

L’héritage est double : l’héritage juif : Exode 35, 34 ; 25, 8-9 (citations dans Le symbolisme du temple chrétien, p.23, ss.)  ; l’héritage païen (les religions à mystères, où l’on voile et dévoile)

Les temples chrétiens correspondent à la révélation divine : saint Clément de Rome (1er siècle) dit que « Dieu Lui-même a indiqué, en vertu de sa suprême volonté, le lieu où ces offices doivent se célébrer, et ceux qui doivent les célébrer » (Cor 1, 40) ; on soulignera le lien entre A.T. et N.T.

Le temple chrétien, selon les saints Pères (Denys l’Aréopagite, etc.) est le reflet sur terre de l’archétype céleste, Jérusalem de l’Apocalypse, présentée par saint Jean de façon analogue à celle d’Ezéchiel Apoc.21 = « communauté des élus » + « corps mystique » + temple résidence du Très-Haut

La Jérusalem céleste est carrée (= terre) Ap.21 ; le Paradis est circulaire ; union ciel/terre.

La liturgie reflète la liturgie céleste de l’Apoc. : « le pontife fait une sorte d’image de la liturgie qui a lieu au ciel » (Théodore de Mopsueste)

Le voile ou rideau du temple est la skènè, la tente de l’Alliance dont parle saint Paul ; il est également la chair et l’humanité du Christ qui voilent sa divinité, et qui la dévoilent dans le Huitième jour et dans le Deuxième et glorieux avènement. Cf. les autres formes de voilement-dévoilement : les saints dons apportés voilés, et dévoilés sur l’autel ; le voile sur le saint Evangile en dehors de la célébration festive. A comparer avec le jeu d’allumage et d’extinction des lumières. La voie chrétienne est la « révélation » au sens propre ; mais la réalité divine demeure voilée selon la préparation du fidèle : la voie chrétienne n’est pas une explication ou une compréhension du divin ; elle est une mystagogie et une initiation (mise sur la voie) à la sagesse divine, qui illumine et déifie l’intelligence et le cœur par le saint Esprit (lire dans M.Lot-Borodine, ch.1) : « le très clair rayon des actions liturgiques, une fois saisi, s’explique, devient intelligible proportionnellement à la nature de notre esprit, et conduit à soi ceux qui sont pris par ce désir » (s.Maxime, Mysta.I).

A notre époque et dans notre paroisse occidentale

Témoignage à l’égard de la foi orthodoxe : l’icône atteste l’Incarnation, la beauté exprime la vérité ; lien avec la tradition architecturale et iconographique romane (unité de la « romanité » : Latins, Grecs, Géorgiens, Roumains, Grecs, Arabes, Slaves…)

Eviter le conformisme, chercher le bien spirituel de nos communautés et des personnes (notamment les non Orthodoxes) qui nous rendent visite, favoriser la prière et l’illumination par le saint Esprit et les énergies divines qu’Il communique.

Bibliographie :

Saint Paul : Hébreux 9

Saint Maxime le Confesseur : Mystagogie, dans L’Initiation chrétienne, « Lettres chrétiennes » n°7, Grasset, Paris, 1963.

Myrrha Lot-Borodine, Un maître de la spiritualité Byzantine au XIVème siècle : Nicolas Cabasilas, L’Orante, Paris, 1958, chapitre 1.

Nathalie Labrecque-Pervouchine, L’iconostase : une évolution historique en Russie éd. Bellarmin, Montréal, 1982, chapitre VII

Romano Guardini, Les Signes sacrés

Jean Hani, Le symbolisme du temple chrétien, La Colombe, Paris, 1962, ch. 10 et 12

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Commentaires

Bonjour,
Comment se faire envoyer les précédents catéchèses?
Cela m'intéresse au plus haut point.
En Christ,
Philippe Crévieaux

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