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Catéchèse du 6.4.5

Catéchèse à Louveciennes, mercredi 6 avril 2005

Le péché : pourquoi et comment s’en libérer ?
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Introduction : la période du Carême est de toute l’année la période où l’on s’attaque le plus au « péché ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Et pourquoi cela ?

1. Définition du péché : peut-on définir le « péché » ?

- déviation (désobéissance : non-écoute ; non accomplissement) : le péché est le non-accomplissement du bien, un manque à accomplir, à obéir à la volonté divine : le péché initial est désobéissance, mais comme non-obéissance, ignorance ou mépris du précepte divin ; il se définit, selon le terme grec amarthma , comme erreur, déviation par rapport au but, illusion, tromperie, le fait de prendre le mal pour le bien.
Ce péché « initial » est celui commis au Paradis, l’être humain étant trompé par Satan ; le péché de conséquence vient en deuxième lieu - transgression (péché comme faute) : - sens usuel de « faute », « crime » ( lat. : peccatum) : acte conscient par lequel on contrevient aux lois religieuses et divines. Transgression, erreur ; désobéissance comme transgression, - le péché transgresse la volonté divine (loi paradisiaque, loi mosaïque, lévitique, loi de l’Evangile, Matthieu 5 à 7) : régression vers le non-être

- le péché (initial ou consécutif) affecte la relation Dieu/Homme, et n’existe que dans ce contexte, les péchés commis contre le prochain ne sont tels que parce qu’ils contreviennent à un précepte divin concernant ce prochain - captivité (passions) : l’Homme est d’abord trompé (le Malin le séduit vers une apparence de bien, prend la couleur du divin, se déguise en messager divin, lui qui est précisément un ange, pour attirer l’Homme vers lui, le détourner de Dieu à son profit : c’est pourquoi il l’attire par des paroles divines, falsifiées) ; puis, pris au piège du plaisir, prisonnier de l’indécision, captif de la passion, l’Homme transgresse le commandement.

L’origine du péché est l’attrait d’un bien illusoire ; la suite du péché est la transgression du commandement ; l’état de péché est la complaisance dans une erreur dont on jouit, où l’on trouve son bien. L’enfer est d’abord « pavé de bonnes intentions », habité par ceux dont « la bonne foi a été surprise » ; il est ensuite révolte contre la volonté divine ; il est enfin le lieu de ceux qui se complaisent dans une autonomie sans Dieu, péché d’habitude, sorte de seconde nature.

Les saints Pères dressent la liste des passions fondamentales (péché de captivité) : elles se ramènent à l’amour de soi (amour du plaisir) - hérédité des conséquences du péché des pères ; répétition et imitation du péché adamique ; ne constitue pas une obligation de pécher ! (exemple d’Abraham, d’Elie, de Melchisédech, qui eurent la connaissance de Dieu avant l’Incarnation ; du saint Prophète et Précurseur du Christ le Baptiste Jean, qui reconnut l’Agneau de Dieu, de la Mère de Dieu, qui se garda dans la virginité et qui, purifiée de toute conséquence héréditaire du péché, sut « obéir »)

2. Pourquoi s’en libérer ? L’être humain peut vivre autrement : impeccabilité, impassibilité, immortalité, divinité… Le péché a comme conséquence la souffrance (douleur +) et la mort : réalités contre nature. L’être humain est appelé à vivre selon sa nature (comme il a été appelé du néant à l’être), d’où le baptême En cas d’insensibilité (ex. du Pharisien) : pb. du Jugement et du salut (crainte…) L’Eglise donne l’exemple évangélique du Fils prodigue qui se lasse des faux biens ; pire est la situation du Pharisien, qui se complaît dans son orgueil. C’est pourquoi, dans le livre du Triode, il vient en premier. Le problème du péché est que l’Homme n’en souffre pas toujours. Peut-être que son entourage en souffre, mais lui ne voit pas les souffrances qu’il inflige aux autres : tout va bien pour le Pharisien, victime de l’illusion du bien. Heureux le Fils prodigue, qui a la nostalgie de la Maison paternelle, qui souffre de faim et de soif. Mais celui qui est heureux dans son mal, pourquoi en sortir ?

L’Eglise donne pour ceux-là l’enseignement concernant le Jugement ultime, pour toucher le Pharisien par la crainte… L’Eglise rappelle le bonheur que connut l’Homme au Paradis. Si on ne sait pas qu’on peut vivre autrement, pourquoi changer ? le vrai problème du salut est peut-être là : l’indifférence au salut…

L’intérêt de connaître la condition naturelle de l’Homme, par la sainte Tradition et la Bible : l’Homme a connu au Paradis l’immense félicité de la communion et de la familiarité avec le Père ; la souffrance morale de la nostalgie le réveille au souvenir inconscient de cette vie. Aussi tous les êtres humains cherchent-ils le bonheur, l’amour, la liberté, l’égalité, la justice, en tout cas ce qu’ils appellent ainsi ; les Pères pensent que la recherche du plaisir est fondamentale, et originelle, le « principe de plaisir » est constitutif de l’être humain ; c’est pourquoi il fuit la douleur. Mais dans l’état de chute tout est mélangé, le plaisir peut cacher un poison, la douleur peut couvrir le remède, l’Homme est prisonnier de la dualité du plaisir et de la douleur, même s’il cherche « la vraie vie » comme dit la formule publicitaire…

Le Seigneur exerce la miséricorde soit en inspirant la nostalgie, soit en inspirant la crainte : soit en se présentant comme Amour, soit en se présentant comme Juge ; Il s’adapte à l’état de l’être humain. Quelquefois (dit saint Jean Cassien) Il permet des « épreuves » pour réveiller l’être humain et lui donner envie de vivre de la vraie vie…

Il nous fait souvent connaître déjà, avant même que nous ayons entrepris une conversion, d’authentiques moments de bonheur, de paix et de joie (famille, nature, amour, amitié, beauté…) afin de réveiller en nous le goût du vrai plaisir (le délice du Paradis

3. Comment s’en libérer ?

La connaissance par ouï-dire de la béatitude en Dieu donne le désir de l’atteindre

Mais ce n’est pas une obligation ; souvent nous sommes attachés (nous tenons même quelquefois) à une attitude intérieure erronée, à des habitudes de vie, de langage, etc. Comme au Paradis, l’être humain est appelé, il n’est pas obligé…

L’ordre des dimanches de Carême a son importance pédagogique : Pharisien (insensibilité), Fils prodigue (sensibilité : faim), Jugement (crainte), Paradis perdu (nostalgie), proclamation de la vraie Foi et renouvellement de l’Icône (glorification)…

Ce qu’on appelle la « conversion » : métanoia (metanoia), retournement…

D’abord, perception d’un appel (dans le secret du cœur) et réponse à l’appel : nostalgie, attraction des biens divins (joie, amour, liberté…), exemple des saints et des frères, amour de la personne de Jésus, ou crainte, ou épreuve qui fait réfléchir…

Le « combat spirituel » :

- la foi-confiance en Dieu : avant tout (différence avec une démarche psy. ou phi.)

- la prière comme expression de la foi (prière solitaire et prière liturgique : l’ascèse de l’écoute)

- l’intercession de la Mère de Dieu et des saints ; la prière des frères dans la foi

- l’acquisition de la vision de son péché (prière de saint Ephrem : glorification + supplication) ; la reconnaissance de son péché ou prise de responsabilité; l’absolution, l’onction, et le remède spirituel (prière, lecture, aumône, offrande, pèlerinage…)

- la prière de repentir et l’acquisition des larmes (haine du péché et renoncement)

- l’association permanente de la louange et de la supplication

- la communion eucharistique (« pour la rémission des péchés »)

- l’ « ascèse » = « exercice ». Exercice : d’abord à l’écoute (rôle indispensable des offices liturgiques, psaumes, canons, etc., où on écoute, rôle ascétique de la prière antiphonée, même dans la prononciation du chapelet) ; ensuite la participation corporelle (debout, prosterné, incliné, le signe de la Croix, la vénération des saintes Icônes, du saint Evangile, de la sainte Croix ; le jeûne et l’abstinence comme libération du plaisir et du confort, lutte contre l’amour de soi), l’aumône (renoncement à la possession), l’acceptation des humiliations (renoncement à dominer) ; l’ « ascèse de la joie » : s’exercer à glorifier Dieu en toute chose, systématiquement (renoncement à l’ingratitude). L’ascèse est libératrice (la frustration enchaîne, le renoncement libère, sacrifier ce qui nous est cher pour témoigner de la liberté et de l’obéissance : exemple d’Abraham, sacrifier sa vie) ;
- chercher la paternité-maternité divine dans l’Eglise (hiérarchie spirituelle et mystique, mystagogique, coïncidant, avec souplesse toutefois, avec la hiérarchie sacramentelle – baptême, diaconat, prêtrise, épiscopat) ; accepter d’être guidé par le Christ et l’Esprit dans l’Eglise, acquérir l’écoute (« obéissance ») spirituelle pour guérir de la non-écoute (« désobéissance »)…

Conclusion : l’enjeu de la lutte contre le péché (haine du péché et du non-être) est la retrouvaille de la vraie vie, l’épanouissement de l’être en Dieu, la béatitude, la dilatation de l’existence dans la sainteté de Dieu. Se souvenir tous les jours de sa vie que le Seigneur est Amour, Vie, Joie et Vérité !

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