Préparation d'une visite au musée de la préhistoire
(du Père Marc-Antoine Costa de Beauregard )
Quelques éléments catéchétiques à l’intention des accompagnateurs
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Généralités
Nos enfants enregistrent à l’école certaines données. Il est utile de leur fournir l’interprétation chrétienne de ces informations. Le rôle de la catéchèse est de construire des ponts entre la foi et ce que les enfants apprennent par les médias ou par l’école.
Les informations transmises par le système éducatif proviennent de disciplines scientifiques. La vérité y est établie par l’observation, par l’expérience répétée et par la confirmation des théories. Toutefois, au 21ème siècle, la connaissance scientifique n’est plus, en général, fondée sur l’idéologie scientiste ou positiviste des précédents siècles, philosophie selon laquelle – en caricaturant – ce qui n’est pas démontré par la raison humaine n’existe pas ; ce qui n’est pas prouvé aujourd’hui le sera demain, et sera seulement reconnu pour vrai une fois cette démonstration effectuée. La raison humaine serait la norme du savoir.
L’élargissement du système de pensée à notre époque permet d’admettre qu’il y a des registres de la réalité qui échappent à la méthode scientifique de connaissance, qui dépassent la raison humaine seule. L’univers et l’être humain ne sont pas rigoureusement adéquats à la raison humaine : ils sont plus grands qu’elle ! Le véritable esprit scientifique est généralement un esprit honnête, exact, conscient des limites à l’intérieur desquelles s’exerce sa compétence, et modeste.
La foi chrétienne rend hommage à tout le travail qu’opère la pensée humaine pour établir une vérité scientifique et, à partir de là, des méthodes et des techniques. Mais elle repose sur la révélation que le Seigneur veut bien, dans sa miséricorde, faire de lui-même, de son monde et de sa créature, l’être humain. L’activité de la raison humaine, et sa coïncidence avec le réel de l’univers, sont l’expression de la profonde rationalité de la création, imprégnée de la raison divine ou Verbe – le Logos, le Fils du Père. Le monde n’est pas absurde, il est l’épiphanie de l’intelligence divine, et les savants sont de ceux qui reconnaissent cette rationalité profonde de tout. Il n’y a donc pas, pour un chrétien, d’incompatibilité à priori de la foi et de la science.
Cependant, la foi chrétienne, nourrie par la révélation divine au sein de la Tradition biblique et ecclésiale, considère les théories et les découvertes scientifiques d’un point de vue critique (non : « de critique » !) : elle sait en effet que l’intelligence humaine, même illuminée par le saint Esprit, et bien qu’elle soit le sceau de l’intelligence divine qui est son image, comporte des limites naturelles. Elle sait également que la connaissance de la vérité n’est pas seulement la détermination d’un objet par un sujet pensant : la connaissance possible à l’être humain relève de l’admission de celui-ci dans les profondeurs de la sagesse divine, et de l’illumination de son intelligence par le saint Esprit. Ceci suppose une condition rigoureuse : que la personne connaissante mette sa foi en Dieu, et qu’existe une vraie relation interpersonnelle entre le croyant et son Seigneur. La connaissance profonde de l’univers et de l’Homme lui-même ne relève pas seulement de la méthode scientifique ; elle dépend de la révélation, et pas de n’importe laquelle : encore une fois, la révélation que Dieu fait de lui-même, de l’univers et de l’être humain dans l’Eglise.
La méthode étant ainsi située, nous ne voulons pas mettre nos enfants en difficulté par rapport au programme scolaire ; et nous entretenons une attitude de gratitude à l’égard de tout ce que les chercheurs découvrent avec l’honnêteté intellectuelle qui les caractérise, comme nous remercions le Seigneur d’inspirer l’intelligence et la main des médecins qui nous soignent. Nos enfants, comme nous-mêmes d’ailleurs, ont seulement le besoin de se situer en tant que croyants par rapport aux informations qui leur sont apportées ; ils ont également – et nous aussi – à se situer par rapport à des interprétations qui peuvent être de caractère non plus scientifique mais idéologique. La science est une chose ; la philosophie qui est derrière est quelquefois autre chose. Ainsi la communauté ecclésiale a quelque chose à dire dans le domaine de la vie et de la mort ; elle a à proposer une réponse à la théorie de l’évolution par exemple et, selon la révélation (et selon le bon sens !), elle proposera une autre vision que celle d’un être humain qui ne serait qu’un animal évolué. L’Eglise a une cosmologie, elle a une anthropologie, elle est le lieu théologique unique d’où rayonne la lumière de la sagesse de Dieu, pour bénir et magnifier tout ce que l’être humain trouve et fait de bon, de vrai et de beau.
Quelques idées pour les accompagnateurs au musée de la préhistoire
1. les êtres humains dont la science (paléontologie, préhistoire…) trouve les restes (ossements, objets domestiques, outils, armes, vestiges d’habitat…) sont les êtres humains les plus anciens dont on ait actuellement ce genre de traces. De nouvelles découvertes peuvent venir modifier notre savoir.
2. ces êtres humains ne sont pas les premiers humains. Adam et Eve, selon la Tradition biblique et ecclésiale, ont vécu au Paradis longtemps auparavant. C’était alors une humanité beaucoup plus belle, quoique non parfaite encore, et non transfigurée.
3. l’être humain achevé et transfiguré est reconnaissable dans la personne divine de Jésus Christ. Celui-ci est l’Homme parfait, au terme de l’évolution humaine.
4. les êtres préhistoriques dont nous observons les restes doivent pouvoir être situés après la perte du Paradis. L’humanité déchue connut alors la souffrance, la mort et la violence. Elle trouva ou se fabriqua des outils et des armes. Dans la Bible, cet état de la race humaine est évoqué dans les personnes de Caïn et d’Abel. Mais Adam et Eve s’étaient déjà fabriqué des outils quand, après le péché, ils voulurent se cacher de Dieu (apparition de la culture).
5. l’évolution et l’épanouissement de l’être humain se font dans l’Histoire grâce à l’action continuelle de Dieu, action miséricordieuse et créatrice. L’être humain n’est pas un animal (primate) amélioré. Dieu, après toutes les créatures et tous les animaux, a créé un être spécial, le seul à être « à son image », doué de rationalité et participant à l’Esprit. Dieu conduit cet être exceptionnel, à travers l’expérience du péché, de la déshumanisation passagère (les « premiers hommes » ne sont pas très beaux…, ils semblent des hommes déchus, vivant dans la terreur, comme des animaux) et de la mort, à la ressemblance ave lui-même, Dieu, son Seigneur et son image. Le parcours historique de l’Homme est donc le suivant : vie immortelle en communion avec Dieu au Paradis ; chute, perte du Paradis, expérience de la souffrance et de la mort ; évolution continue à travers la révélation de la personne de Dieu par les prophètes et les sages de tous les temps ; incarnation (hominisation) de Dieu au milieu de l’Histoire dans le sein de Marie la Vierge ; sanctification par le saint Esprit des humains qui croient en Jésus ; résurrection universelle à la fin des temps, réunion des justes de tous les temps au Père céleste par le Christ dans le saint Esprit.
6. la vision biblique et ecclésiale associe des éléments dits mythiques à des éléments dits historiques : en fait le Mythe ou parole sacrée et mystérieuse (souvent symbolique) révèle le sens et le contenu profond de l’Histoire, on n’ opposera donc pas ces deux registres; les éléments dits historiques sont souvent de caractère chronologique et événementiel, et ils ont leur place dans l’interprétation spirituelle (pneumatologique) de l’Histoire. Le Christ, notamment dans l’Evangile selon saint Matthieu, a exprimé une théologie de l’Histoire. La lecture de l’Apocalypse et de certains textes de saint Paul continue cet enseignement. Les dimanches qui précèdent Noël (dimanche des Ancêtres et dimanche de la Généalogie) expriment également cette lecture divine de l’Histoire universelle.
Ces premières réflexions pourraient être l’objet d’un approfondissement : notamment, la notion d’évolution (apparition, mutation et disparition des espèces) est susceptible d’une interprétation théologique. La relation Mythe-Histoire mérite d’être approfondie.
Prêtre Marc-Antoine C. de B.
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