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Catéchèse: comment vivre notre foi chrétienne dans le monde actuel

Catéchèse en la paroisse de Louveciennes le 8 janvier 2006:

Problématique : le monde actuel étant tellement changé, la foi chrétienne paraît spécialement difficile à vivre aujourd’hui. Père Sophrony disait que c’est devenu plus difficile parce que les chrétiens prient peu ; il pensait également à l’accroissement des ténèbres dont parle le saint Evangile (Matthieu 24, Marc 13 et Luc 21)

I : rappeler la nature des rapports baptisé-monde

- le « monde » : convoitise, tentations (plaisir, pouvoir, savoir, les trois tentations du Christ au désert), illusion (fascination), saint Jean (1 Jean 2, 16)
- le monde actuel : surinformation, suréquipement (magie de la technique), surconsommation ; norme du plaisir égoïste (« faites-vous plaisir ! »), platitude du matérialisme (absence de profondeur derrière les « choses » sensibles, absence de la dimension invisible) ; sécularisation (réduction de la réalité au premier degré); relativisme (crise des valeurs, tout le monde a raison, tout se vaut, dit-on, chacun sa vérité, etc.) mais surévaluation du principe individualiste (libre disposition de soi, refus de rendre des comptes, irresponsabilité, préférence de soi à autrui, d’où les prises de position dans le domaine bioéthique, liberté puérile et erronée du « je fais ce que je veux »)
- la contradiction foi chrétienne-monde semble accentuée : le monde semble aux antipodes de l’Eglise
- le nombre des croyants paraît infime (et manque l’unité de foi), la grande apostasie des chrétiens a commencé (cf. Matthieu 13, 21 ; 2 Thessaloniciens 2, 3 ; Hébreux 3, 12 et 10, 26 ; 1 Jean 2, 19-25 ; 4, 3 ; Apoc. 13, 3)
- simultanément, le baptisé, sans appartenir au monde, est dans le monde (famille, paroisse, monastère) et confronté tous les jours au monde (circulation extérieure, pénétration des informations par TV et Internet dans les foyers), le monde n’est plus tenu à distance, les enfants sont plus exposés qu’ils ne l’ont jamais été à cette circulation des informations, des idées et des objets ; ils sont particulièrement exposés à la convoitise (publicité, etc.), par exemple pendant la période de Noël
- un monde qui prétend se passer de Dieu, le fait religieux y est présenté comme bizarre ou négatif, anecdotique ou pittoresque, plus culturel et fantaisiste que profond ; il est caricaturé par les extrémismes ; on a perdu l’idée que la religion est une connaissance de Dieu, du monde et de l’Homme, connaissance d’autrui, de soi et, justement, du monde
- pourtant, le baptisé est un être humain consacré au service de la Parole de Dieu, un membre du Corps du Christ le nouvel Israël, Peuple de Dieu, un temple de l’Esprit, « porteur du Christ » et « porteur de l’Esprit » dans la monde.

II : que faisons-nous, chrétiens, dans ce monde ?

- le chrétien n’appartient pas au monde (Jean 17, 14) – il est mis à part par la consécration sacerdotale ; mais il vit dans le monde – il est envoyé dans le monde (mission des laïcs). Situation paradoxale et inconfortable de témoin (« martyr »)
- le complexe d’infériorité chrétien : nous (l’Eglise) serions loin du monde (c’est l’inverse qui est vrai), à la remorque de lui, abandonnés par lui (il ne nous soutient pas, il ne soutient pas les mêmes valeurs que nous)
- le complexe de supériorité des chrétiens et de certaines sectes : diabolisation du monde, sentiments d’appartenir au groupe des élus, des purs, tentation intégriste de juger et de condamner
- le besoin de justifier son existence (le monde actuel, système du libéralisme économique, veut de la productivité, de la rentabilité et de la consommation), nous croyons devoir nous justifier devant lui, etc., être utile, avoir sa place…
- impuissance à imposer au monde (à ses enfants) ses valeurs : les chrétiens constatent qu’ils ont perdu le pouvoir sur le monde, sur la société (heureusement… ils n’ont plus que le pouvoir de l’amour)
- d’où la tristesse (la mauvaise tristesse), le découragement (péché du doute) des chrétiens : à quoi bon ? Ce qui nous fait vivre ne fait plus vivre que nous ; nos enfants renient le trésor que nous voulions leur donner ; nous n’aurons rien transmis, etc. Quel avenir pour les chrétiens et pour la foi chrétienne ?
- mais nous oublions que c’est le Christ qui veut agir par nous, nous ne sommes pas seuls ni orphelins (discours du Christ avant l’Ascension), le Christ est la Tête de l’Eglise, donc de nous ; l’Esprit saint remplit l’Eglise, donc nos propres personnes 

III. Inverser le rapport Eglise-monde : l’Eglise porte le monde, c’est elle la norme

- la situation n’est pas nouvelle (exemple de l’Eglise primitive dans la société antique) : les chrétiens sont « l’âme du monde »
- la situation est nouvelle (un monde déchristianisé est très différent d’un monde non christianisé ou païen, exemple des pays de l’Est) : c’est vrai, cela accentue notre responsabilité
- des difficultés immenses sont en germe dans le monde actuel (crises économiques et écologiques sans précédents, affrontement inouïs entre les ethnies et les peuples, « guerre des mondes »), nous devons nous y préparer et préparer nos enfants par une éducation appropriée (lire la Parole de Dieu à la maison, cf. message de Noël de Monseigneur Joseph)
- nous vivons par la Foi : croire que Dieu aime son monde, croire en la prière (prier pour le monde), dans le pardon, dans la puissance du jeûne  (jeûner pour le monde, les carêmes), dans la puissance de l’exemple des saints et des justes dans le monde (lire la vie des saints dans le Synaxaire)
- écouter l’enseignement de Jésus Christ (Jean 13 à 16) concernant le rapport Eglise/monde
- être conscients que l’Eglise que nous sommes porte le monde
- répondre à notre vocation pour aider le monde (prière solitaire, création d’une école, ministère dans l’Eglise, mission des parents dans la famille, service du prochain dans la société, vie associative, responsabilité municipale et politique, témoignage par l’art…). Se poser la question, non seulement « qu’est-ce que je fais dans ce monde ? » mais « qu’est-ce que je fais pour ce monde ? »
- gérer notre relation avec le monde (TV, Internet, revues, lectures, fréquentations, etc.)
- agir dans le monde de l’intérieur par la famille, par la paroisse, le monastère

Conclusion :

Pensons à la situation des premiers chrétiens, écoutons fréquemment le saint Evangile et les psaumes (immergeons-nous dans la Parole et laissons la Parole s’immerger en nous dans le cadre de l’Eglise et surtout de sa vie liturgique) ; pensons que tout est une occasion d’acquérir l’amour de Dieu et d’en témoigner autour de nous ; laissons à Dieu le jugement et la parole

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