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Comment lire la parole, comment se nourrir de la parole

Première partie: Catéchèse du 1er mars 2006.

La vénération de la Parole : Evangile et Bible : seul l’Evangile est sur l’autel, pourquoi ?
l’Evangile, « saint Evangile », icône scripturaire du Verbe
Gestes de vénération : prosternation, station debout, baiser, encensement, prise de l’Evangile avec crainte, procession, ostentation, la proclamation à matines).

Lutter contre la sécularisation de la Parole
L’Evangile n’est pas un livre-objet mais un livre-icône (couverture ornementée). C’est la loi nouvelle (Thorah), mais on vénère le Donateur plus encore que le don, Il le transcende, les chrétiens ne sont pas des « gens du livre ». Oralité

Jésus est en personne la parole divine incarnée (jean 10 36 38)
Présence de la Parole ou Verbe (Logos : raison, pensée, parole…)
La Parole parle et agit : Parole (hypostase du Logos) et paroles (logoi)

La Parole-nourriture
La Parole se donne en nourriture : Jean 5 ; Matt 4, 3 ; Dt 8, 3, le Notre-Père
En Carême changement d’alimentation : le Christ n’a pas enseigné la non alimentation, Il a donné la Parole, c’est-à-dire lui-même en nourriture (cf. aussi : « ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père » (Jean 4, 34), se nourrir de la Parole c’est donc également faire, mettre en pratique cette parole)
Faire l’expérience de remplacer un repas par la l’écoute de la Parole
Les méthodes
- assimilation (« lecture divine », écoute et manducation liturgique, les deux parties de la divine liturgie, mémorisation)

L’intelligence de la Parole
Parole et Esprit : la Parole parle et s’incarne de l’Esprit; l’Esprit interprète et incarne, accomplit : sens, vérité, signification ; transfiguration, action
La communauté ecclésiale est remplie du saint Esprit donc capable d’écouter la Parole, de la garder et d’en avoir l’intelligence « pneumatique »

Le Christ a un enseignement sur cette interprétation : scruter les Ecritures Jean 5, 39-46 ; Luc 24, 32 ; Il donne l’exemple en interprétant la parabole du Semeur ; Il interprète la Bible après la Résurrection aux pèlerins d’Emmaüs ; autre exemple, celui de saint Philippe et de l’eunuque ;

Les méthodes
- exégèse : méthode (degrés de lecture, rigueur de l’analyse littéraire, connaissance du contexte historique et des langues)

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deuxième partie: Catéchèse à Louveciennes le 22 mars 2006

I. Rappel : la sainteté de la Parole, icône scripturaire du Verbe, le Fils de Dieu incarné

- « présence réelle », le seul Evangile sur l’autel ou au centre de la nef, Evangile-Icône
- la vénération : prosternation, baiser, offrandes (lumière, encens), attitude religieuse
- la prière : le fidèle parle à son Seigneur invisiblement présent, visiblement dans l’Icône, l’Evangile, la Croix, la communauté des baptisés, les saints mystères, éminemment l’Eucharistie…
- se mettre en présence (silence intérieur et extérieur) : le Seigneur est là, Il t’appelle, Il t’écoute, Il veut parler à ton cœur, cf. év. de dimanche dernier, Marc 2, 1-12 : « Il leur disait la Parole… »
- apprendre à respecter la présence (enfants, parents…), la « crainte » de Dieu
- dans l’Evangile le Seigneur parle (à son Père, à ses disciples, à ses ennemis…) ; on parle de lui ; on lui parle
- surtout : puissance divine (divino humaine) de sa présence : lire, c’est se mettre en présence, se nourrir de la présence, laisser la présence agir miraculeusement (ce n’est pas de la magie, c’est la foi dans la puissance de Dieu !). Le saint Evangile, comme l’Icône, la Croix, est appliqué aux malades, la prière parle de la puissance de Dieu (cf. prière dans l’office de l’Onction)

II. Comment lire ?

- rappel : la méthode de base est toujours la méthode antiphonée (alternance d’écoute et de prononciation ou de chant) ; l’important c’est d’écouter ; lire en écoutant (Ecoute, Israël !) : on écoute dans un espace et un temps, et les sens participent (ouïe, vue, odorat, toucher, goût ?)
- quel texte ? P. ex. celui de la TOB ; avoir un volume recouvert et portant l’Icône ou la Croix ; lecture continue ou suivant le calendrier liturgique, ou en laissant le livre s’ouvrir (Esprit)
- position : debout ou à genoux (= debout petit…) – sauf impératif !
- lecture priante : à haute ou moyenne voix, de façon audible, pour écouter, pour laisser sa place à l’Esprit saint ; si l’on doit lire à voix basse que ce soit en écoutant
- lecture orientée (espace): vers le Christ (Icône, Orient, Croix, l’autel…)
- tester le ton de la voix : douceur (chercher son cœur), sobriété, naturel, écho du silence, pauses (respirations) pour écouter ce qu’on a lu et ce qu’on va lire (Esprit) ; lire rigoureusement recto tono  pour écouter (Esprit), à vitesse moyenne
- seul ou en communauté (quand vous êtes 2 ou 3 réunis en mon Nom…), à l’église, à la maison (avec les enfants s.v.p. !), où l’on veut (en voiture, dans la nature, etc.)
- lumière, encens (honore la présence invisible, le Seigneur qui est là), icônes
- une personne lit, les autres écoutent ; on peut lire à tour de rôle (cf. psaumes ou chapelet). - commencer par les prières initiales et, après le Notre-Père et les tropaires (éventuellement), le psaume 142 ou le psaume 50, « Gloire… et maintenant… » Kyrie (3 f.) et la prière suivante :

« Fais luire dans nos cœurs la pure lumière de ta divine connaissance, ô Seigneur, Ami des hommes, et ouvre les yeux de notre intelligence pour que notre esprit reçoive tes messages évangéliques. Mets en nous également la crainte de tes bienheureux commandements, pour que nous menions une vie selon l’Esprit, que nous foulions aux pieds tous les désirs charnels et ne pensions et n’agissions qu’à la seule fin de te plaire. Car Tu es l’illumination de nos âmes et de nos corps, ô Christ Dieu, et nous te rendons gloire avec ton Père éternel et ton Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles : Amen ! »

- (s’il y a un prêtre : « sagesse, debout », etc.) puis le titre : « lecture de l’Evangile selon saint N… / Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi ! » et la lecture ; à la fin on marque le point. Puis : « Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi ! »
- on peut ensuite dire « Gloire… et maintenant… » et une prière (pour les malades ou pour toute circonstance, comme dans l’office du Psautier) avec des noms. Puis les prières habituelles de clôture.
- s’il faut simplifier, garder « Par les prières de nos saints Pères… », « Roi céleste… », « Gloire… et maintenant… », Kyrie (3 f.), « Fais luire… », le titre, « gloire à toi… », la lecture, « Gloire à toi… » et « Par les prières de nos saints Pp. »

III. Quelle est la place de l’interprétation ?

- par ce qui précède, on voit qu’il s’agit d’être illuminé ; « comprendre », dans la prière, veut dire « recevoir à l’intérieur de son intellect » (katanoew ) et non réduire à des raisonnements humains : on a traduit « que notre esprit reçoive » ; il s’agit de s’ouvrir par le saint Esprit à la présence et au message du Christ
- l’interprétation ou exégèse est une préparation à la lecture priante et à l’action évangélique ; son but n’est pas d’élaborer une connaissance ; la connaissance, elle, est donnée dans l’union et la communion à la Parole ; celle-ci est un sujet, non un objet de connaissance : la Parole, c’est Quelqu’un ! Et Il veut nous illuminer, nous instruire Lui-même (cf. prière de vêpres « Tu es béni, Seigneur, enseigne-nous par tes commandements ! Tu es béni, Maître, instruis-nous par tes commandements ! Tu es bénis, Saint, illumine-nous par tes commandements ! »)

- la méthode des saints Pères se ramène à ceci :
° le respect du sens littéral (historique, etc.), premier degré
° la mise en valeur du sens théologique (identité de Jésus, place de l’Esprit, mystère de l’Eglise, etc.), deuxième degré
° la quête du sens mystique (ou moral), ce que la Parole signifie pour la personne et son expérience intime (prière, conversion, vision de son péché, engagement à telle ou telle pratique, relation personnelle avec le Seigneur…), troisième degré
- l’interprétation peut précéder la lecture (préparation, démarche catéchétique avec en vue la lecture, comme on prépare un office liturgique) ; elle peut suivre la lecture, pour formuler le projet qui découle de l’enseignement et des actes du Seigneur dans son saint Evangile, de la puissance de sa présence. Le Seigneur et Maître de ma vie nous a ou m’a parlé et voici ce qu’Il m’appelle à faire si je veux être son disciple…
- la « grille de lecture » est toujours le dogme de l’Eglise, ce que le Seigneur a révélé de lui-même à ses saints apôtres et qu’Il continue à révéler par le saint Esprit; on respecte la cohérence entre la Tradition de l’Eglise (orale, iconographique, ascétique, théologique, etc.), le texte lui-même (sachant qu’il n’est pas exhaustif, comme l’icône, il est une stylisation, une synthèse de l’événement), et le sentiment intérieur ou inspiration (l’Esprit saint agit toujours, Il régit l’Eglise et les membres de celle-ci, la lecture et l’intelligence de la Parole devraient être inspirées et prophétiques…)
- on utilise correspondances (cf. notes de la TOB ), données historiques, études, dictionnaires
- les limites de l’exégèse, notamment de l’exégèse scolaire ou universitaire (« scientifique »), sont : la réduction à la raison humaine seule, la transformation de la Parole en objet, la perte du sens religieux de la présence et de la gloire divine dans sa Parole, le traitement de Dieu comme une troisième personne, au lieu de le considérer comme un Je ou un Tu. En fait, c’est dans la relation interpersonnelle du Seigneur et de son disciple que se fait par le saint Esprit la révélation de la volonté du Père, enjeu de la lecture. Les sciences (langue, histoire) ont leur place instrumentale
- quelques conseils supplémentaire : situer le passage (avant, après) ; chercher les mots-clés ; étudier le vocabulaire (mots grecs, hébreux…) ; chercher le message principal, les messages secondaires ; se situer dans le temps liturgique ; comparer avec d’autres passages ; s’intéresser aux aspects littéraires (figures de style, sémitisme, rythmes, signes d’oralité…) ; lire une interprétation d’un saint Père (homélie de saint Jean Chrysostome p. ex.)
- la préparation personnelle : le jeûne et la prière, la rémission de ses péchés, se purifier pour Dieu et avant de lire et d’étudier sa Parole (dans le cas contraire on ne peut communier à la sagesse divine incluse dans sa Parole) – exégèse et ascèse

Conclusion : avoir le courage d’aborder la Parole avec la mentalité orthodoxe, qui est une démarche priante, mystique, mystagoqique, religieuse, fondée sur une théorie propre de la connaissance par illumination (ellamyis, fwtismos) et transfiguration (metamorfwsis) de la raison humaine et des sens corporels et psychiques par le saint Esprit. Lutter contre la sécularisation et la banalisation de la Parole (mais le saint Evangile est aussi le livre le plus familier, on l’a dans sa poche ou son sac ! Cela n’empêche pas de le respecter en tant qu’icône de Quelqu’un). Nous ne lisons par le saint Evangile pour y trouver une doctrine morale ou philosophique ; nous le lisons pour rencontrer la personne divine du Verbe incarné et communier à lui dans le saint Esprit et, par lui, à son Père qui est « notre Père ».

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