Jeûne et abstinence de l'Eglise
"Jeûne et abstinence de l'Eglise: pourquoi? comment?"
L’apprentissage du jeûne et l’acquisition du sens de l’Eglise – a. p. Marc-Antoine Costa
I. Pourquoi jeûner ?
- appartenance au Christ et à l’Eglise (baptême, onction chrismale, eucharistie). Le Christ jeûne (Mat 4, 2) dans sa Pâque (nouvel Israël). L’Eglise – son Corps – jeûne (expérience d’unité et de communion dans la Foi). Fondement ecclésial : l’incarnation du Verbe (union hypostatique) ; le Dieu-Homme jeûne en nous ses membres. Loin de nous l’individualisme !
- faire l’expérience de la divinité Père, Fils et saint Esprit (Dieu est sans besoin, Dieu jeûne, nous co-jeûnons) ;
- répondre à l’appel de l’Esprit, de l’Eglise, du Christ (« suis-moi ») ; l’Esprit dans l’Eglise proclame le jeûne : aller au désert pour affronter les esprits déchus (démons)
- faire participer le corps (tout l’être humain), et l’inconscient (purifier l’imagination et la racine des pensées) à la prière et à l’engagement spirituel
- donner la force à la prière par la détermination, le jeûne est un témoignage
- se purifier de la peur de la mort (frôler la mort)
- souffrir librement pour démontrer sa détermination et participer à la Croix du Christ
- retrouver le style de vie paradisiaque (Gen 2, 16)
- accomplir l’obéissance adamique (le jeûne est le premier commandement : le dernier commandement est « prenez et mangez »)
- se nourrir de Dieu (le Fils prodigue) (« ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père »)
- renoncer à l’amour de soi (amour du plaisir, complaisance pour soi), à l’idolâtrie du moi
- acquérir la non-convoitise (libérer la création, les animaux, dimension écologique, ne pas consommer…)
- acquérir le repentir (prendre le deuil de ses péchés, de sa mort spirituelle, pleurer un mort)
- préparation à la Pâque, à la communion eucharistique (Ex 34, 28 ; Lv 23, 14 ; Luc 4, 2), se tourner vers Dieu pour qu’Il comble notre faim.
II. Comment jeûner ?
- jeûne (total, un ou plusieurs jours) et abstinence (renoncement à certains aliments)
- d’un coucher du soleil à un autre
- viande (meurtre et cannibalisme), laitages, œufs (nourritures du Royaume), huile, vin (allégresse et fête), poisson (mémoire de la Résurrection)
- direction spirituelle : jeûne et obéissance (bénédiction, dimension ecclésiale, communautaire)
- jeûne et prière (prier suffisamment), la prière EST jeûne (Mt 7, 21 ; Lc 2, 37) ; le jeûne est l’ « espace spécifique de la prière » (Père Emilianos dit cela du jeûne et de la veille).
- jeûne familial (respect des autres), initiation des enfants
- le jeûne pascal est le type des autres jeûnes (chaque semaine est la semaine sainte, et une nouvelle genèse)
- jeûne culturel (TV, images, lectures, spectacles)
- le vrai jeûne : Is 58, 1-12 ; la relation entre le jeûne et l’aumône
- jeûne des pensées, des paroles (silence)
- proclamation du jeûne (Eglise)
- jeûner de sommeil (Ps 131, 4) : la veille
- jeûne + confession des péchés ; + onction des malades ; + communion eucharistique
- jeûne et prosternations (« métanies »)
Catéchèse du 7.02.07 : QUELQUES TEXTES POUR NOUS GUIDER…
Archimandrite Emilianos (Simonos-Petra, Sainte-Montagne)
« Le jeûne est une tradition de notre Eglise. Si nous ne jeûnons pas nous ne sommes pas chrétiens. Par quel moyen le prophète Elie est-il monté aux Cieux ? Quand Moïse a-t-il vu Dieu ? Comment l’apôtre Paul a-t-il reçu l’appel divin ? Et Barnabé ? Tous jeûnaient. A quel moment Pierre vit-il la nappe descendre de la Jérusalem céleste ? Lorsqu’il jeûnait. Donc, nous aussi, observons ce qui nous est transmis par la tradition de notre Eglise » (catéchèses et discours 2, p. 366).
« Nous pouvons demander également par le jeûne. Vous vous souvenez qu’il est dit dans l’Ecriture à propos des démons : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et par le jeûne ». Il existe une interprétation de ce passage : ce genre de démon ne peut sortir de l’âme d’un homme, s’éloigner de lui et cesser d’agir en lui, que si cet homme est en état de prière et qu’il jeûne.
Mais il y a également une autre interprétation, fondamentale et plus profonde, où est analysé le sens de sortir : Je suis arrivé à mon terme, j’ai atteint mon but. L’homme, puisqu’il est sorti de Dieu, ne peut revenir à son point de départ, c’est-à-dire à Dieu, que par la prière et le jeûne. Dieu se révèle à ceux qui prient, qui supplient et qui jeûnent.
Le jeûne est un signe visible qui nous protège de tout mal. Le moindre affaiblissement de la conscience dans le domaine du jeûne crée un redoutable relâchement spirituel et corporel dans l’organisme. Dieu ne peut parler au cœur de celui qui ne jeûne pas.
Le jeûne chasse le démon. Le jeûne attire les anges. Le jeûne est l’embellissement de l’homme, de son visage, de son âme, de tout son organisme. Dieu se plaît dans un tel homme, Il fait en lui sa demeure.
Toutefois le jeûne exige de grandes précautions, car il doit nous mener à nous tenir constamment en situation d’attente instante. Nous ne faisons rien d’autre qu’attendre Dieu, avec patience, avec une affliction consciente, avec un estomac vide, un intellect vide également, un cœur vide également, pour que Dieu les comble. Nous ne faisons rien, nous attendons ardemment le Seigneur.
(…) Quand nous prions, quand nous supplions, lorsque nous jeûnons et que nous persévérons, nous pouvons demander à Dieu sa grâce, qui nous à lui, nous obtient l’entrée dans le Saint des Saints par la foi. (2, p.223-224)
« Participer à la sanctification du Christ veut dire être mis à part exclusivement pour lui. C’est une union avec Dieu, une parfaite communication avec lui, de sorte que l’échange des propriétés, des caractéristiques des deux natures soit possible. Ce que la nature divine a accompli dans la nature humaine du Christ, doit se produire maintenant en moi (…) Participer à la sanctification de Dieu signifie : je me laisse lier à lui. Alors celui qui demeure sur la vigne, demeure dans le christ. L’être unique qui est créé par cette union, cette chair unique, cet esprit unique, c’est cela la véritable sanctification. » (4, p.90)
Père Matthieu le Pauvre (Saint-Macaire, Egypte)
« Le jeûne est un acte divin, que nous recevons du Christ comme un acte de vie qui complète le baptême et le don plénier de l’Esprit. Depuis l’origine, l’Eglise s’efforce de faire passer dans son propre corps les actes de la vie du Christ, afin qu’ils deviennent des actes vivifiants pour tous ses membres. Si l’Eglise imite le Christ dans sa discipline de vie, c’est parce Dieu lui a donné la grâce et l’autorité de recevoir le Christ lui-même pour qu’Il devienne sa propre vie. L’Eglise unie au Christ est une image vivante et et efficace de la vie du Christ.
La vie de l’Esprit grandit en nous si nous sommes conduits par lui dans le désert du jeûne, comme un agneau est conduit au sacrifice, pour y subir la destruction – au moins partielle – de notre moi. Le renouveau en nous de la vie de l’Esprit est lié à la façon dont nous parvenons à nous conformer à l’image de cet amour sacrifié. Un tel jeûne est la première épreuve à franchir, si nous voulons suivre la route de la Croix jusqu’au bout (p.137)
Pendant le Carême, nous nous préparons à la dernière Cène. Comment ceux qui ne se sacrifient pas eux-mêmes pourraient-ils recevoir valablement celui qui a sacrifié sa vie ? » (La communion d’amour, p.144)
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