Catéchèse du 29 avril donnée en la paroisse Saint-Séraphim de Sarov
Textes pour aider la réflexion
« On a coutume de distinguer dans la prière, la louange, la demande et l’action de grâces. En réalité, dans la Bible, la louange et l’action de grâces se retrouvent dans un même mouvement de l’âme, et, au plan littéraire, dans les mêmes textes. En effet, c’est par tous ses bienfaits à l’égard de l’homme que Dieu se révèle digne de louange. Celle-ci devient alors tout naturellement reconnaissance et bénédiction ; les parallèles sont nombreux (Ps 35, 18 ; 69, 31 ; 109, 30 ; Esd 3, 11). La louange et l’action de grâces suscitent les mêmes manifestations extérieures de joie, surtout dans le culte ; l’une et l’autre rendent gloire à Dieu (Is 42, 12 ; Ps 22, 24 ; 50, 23 ; 1 Ch 16, 4 ; Lc 17, 15-18 ; Ph 1, 11 ; Ep 1, 6, 12, 14), en confessant ses grandeurs.
Dans la mesure cependant où les textes et le vocabulaire invitent à une distinction, on peut dire que la louange pense plus à la personne de Dieu qu’à ses dons ; elle est plus théocentrique, plus perdue en Dieu, plus proche de l’adoration, sur la voie de l’extase. Les hymnes de louange sont généralement détachées d’un contexte précis et chantent Dieu parce qu’il est Dieu » (VTB p.680).
« Dans son mouvement essentiel, la louange reste la même de l’un à l’autre Testament. Désormais cependant elle est chrétienne, d’abord parce qu’elle est suscitée par le don du Christ, à l’occasion de la puissance rédemptrice manifestée dans le Christ. C’est le sens de la louange des anges et des bergers à Noël (Lc 2, 13s, 20), comme de la louange des foules après les miracles (Mc 7, 36s ; Lc 18, 43 ; 19, 37) ; c’est même le sens fondamental de l’Hosanna des Rameaux (cf. Mt 21, 16 = Ps 8, 2s), et aussi du Cantique de l’Agneau dans l’Apocalypse (cf. Ap 15, 3).
Quelques fragments d’hymnes primitives, conservées dans les Epîtres, renvoient l’écho de cette louange chrétienne adressée au Dieu Père qui a déjà révélé le Mystère de la Piété (1 Tm 3, 16), et fera surgir le retour du Christ (1 Tm 6, 15s) ; louange qui confesse le
mystère du Christ (Ph 2, 5… ; Col 1, 15…), ou le Mystère du Salut (2 Tm 2, 11ss), devenant ainsi parfois la véritable confession de la foi et de la vie chrétienne (Ep 5, 14).
Fondée sur le don du Christ, la louange du NT est chrétienne aussi en ce sens qu’elle monte vers Dieu avec le Christ et en lui (cf Ep 3, 21) ; louange filiale à la suite de la propre prière du Christ (cf. Mt 11, 25) ; louange adressée même directement au Christ en personne (Mt 21, 9 ; Ac 19, 17 ; He 13, 21 ; Ap 5, 9). En tous sens il est juste d’affirmer : désormais, c’est le Seigneur Jésus qui est notre Louange.
S’épanouissant ainsi à partir de l’Ecriture, la louange devait toujours rester primordiale dans le christianisme, rythmant la prière liturgique ave les Alléluia et les Gloria Patri, animant les âmes en prière jusqu’à les envahir et à les transformer en une pure « Louange de gloire » (cf. Ep 1, 12). (VTB, p. 683-684).
Le vocabulaire chrétien « hérite, à travers les LXX, de la tradition de l’AT. L’action de grâces est inséparable de la confession (gr. homologeô : Mt 11, 25 ; Lc 2,38 ; He 13,15), de la louange (gr. aineô : Lc 2,13, 20 ; Rm 15,11), de la glorification (gr. doxazô : Mt 5,16 ; 9,18) et toujours, d’une façon privilégiée, de la bénédiction (gr. eulogeô : Lc 1, 64, 68 ; 2,28 ; 1 Co 14, 16 ; Jc 3, 9). Mais un terme nouveau, pratiquement inconnu de l’AT (gr. eucharisteô, eucharistia) envahit le NT (plus de 60 fois), manifestant l’originalité et l’importance de l’action de grâces chrétienne, réponse à la grâce (charis) donnée par Dieu en Jésus-Christ. L’action de grâces chrétienne est une eucharistie, et son expression achevée est l’Eucharistie sacramentelle, l’action de grâces du Seigneur, donnée par celui-ci à son Eglise » (VTB p. 14).
Bibliographie : ar. Aimilianos, Catéchèses et discours, 3, Exultons pour le Seigneur, éd. Ormylia, 2002. Et 4, Le culte divin, attente et vision de Dieu, éd. Ormylia, 2004.
Catéchèse à Saint-Séraphim-de-Sarov le 29 avril 2007:
LA PRIERE DE LOUANGE
« Rendez grâces en tout temps et en toute circonstance ! » (Ep 5,20 et 1 Th 5, 18)
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Pourquoi cultiver la prière de louange ? « La seule pensée des bienfaits de Dieu suffit pour faire éclater un cœur généreux » (P. Païssios, Lettres, Thessalonique, 2005, p. 115 ; cf p. 57 89 110 115 131 188 198 237)
- fondements bibliques (cf textes au dos) : psaumes 8 18 29 32 33 46 56 64 65 88 91 94 95 106 117
- fondements liturgiques : la divine liturgie, l’ouverture de chaque office, doxologies
- fondements patristiques : « bénédiction » (euloghsis) – Dieu bénit, et est béni (ses bienfaits)
- la louange comme jeûne : renoncement à nos pensées, à nos soucis, à l’amour de soi, à la jalousie - se réjouir pour autrui (ministère de l’Esprit saint, selon Père Dumitru Stàniloae), sacrifier nos idoles ; dimension ascétique : ascèse de la joie, ascèse pascale, ascèse des parfaits
- la louange comme confession : reconnaître la présence et la Seigneurie de Dieu (expression de la Foi) ; comme connaissance de Dieu qui est joie – structure prophétique de l’existence chrétienne
- la louange comme célébration : structure sacerdotale et angélique de l’existence chrétienne
- la louange dans l’épreuve : transfiguration de la souffrance et de la mort (le Christ, les martyrs)
- puissance de la louange : synergie avec l’action miséricordieuse de Dieu, royauté des chrétiens, responsabilité devant Dieu, hommage à sa souveraineté, Dieu a déjà fait et déjà donné tout ce que nous pourrions lui demander pour notre salut
- la douleur de la louange : « avec l’allégresse survient, connexe et incessante, la douleur de l’âme : « Pourquoi mon Dieu es-Tu si loin ? Pourquoi, sachant que Tu te réjouis en moi, ne puis-je t’étreindre dans mes bras ?» (ar. Aimilianos, catéchèses et discours, 2, Sous les ailes de la colombe, éd. Ormylia, 2000, p. 89).
Comment pratiquer la louange ?
- être attentif à la prière de l’Eglise et au nom (de Dieu, de la Mère de Dieu, des saints…)
- servir la prière ecclésiale : offices d’action de grâce, acathiste d’action de grâce, mémorisation des grandes hymnes de gratitude (doxologie, cantique de la Mère de Dieu, de Zacharie, de Syméon…)
- en prière du cœur, les formules brèves qui se trouvent dans les offices (« gloire à notre Dieu, gloire à toi ! », « gloire à ta sainte résurrection, ô Christ, gloire à toi ! », « gloire, Seigneur, à ta sainte résurrection ! », à ton Incarnation, etc.), sur le chapelet ou la respiration
- développer sur d’autres thèmes, par exemple : « gloire à ta miséricorde infinie, ô Christ, gloire à toi ! », à ta bonté, à ta longanimité, etc.
- louer Dieu pour les autres : pour les saints « gloire à toi pour ta Mère très pure, Seigneur, gloire à toi ! », « gloire à toi pour ton serviteur saint N…, Seigneur, gloire à toi ! » ; pour nos frères et sœurs : « gloire à toi pour ton serviteur – ou ta servante – N…, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour soi-même : « gloire à toi pour moi pécheur, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour les défunts : « gloire à toi pour ta servante défunte N…, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour toutes ses créatures : le soleil, la mer, les forêts, les animaux, etc.
- louer Dieu « en toute circonstance », selon l’Apôtre : épreuve, souffrance, maladie…
- associer les saints à la louange, suivant le modèle ecclésial : « Réjouis-toi… » Par exemple : « Réjouis-toi, Vierge Mère de Dieu, réjouis-toi ! », « Réjouis-toi, saint Père N…, réjouis-toi ! », « Réjouissez-vous tous les saints, réjouissez-vous ! » - sous-entendu « car ton Fils (ou le Christ ) est ressuscité ! » ou un autre motif tiré d’une action divine
- terminer ainsi : « Seigneur Jésus Christ notre Dieu, Toi qui es loué avec le Père et l’Esprit par toutes les créatures visibles et invisibles, accepte les prières de supplication et de louange que nous t’adressons en ce jour avec tous tes saints pour ta miséricorde infinie, ton indicible compassion, ton incompréhensible sagesse et la justesse de tes jugements, Toi qui es béni dans les siècles des siècles : Amen ! »
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