Lettre pastorale pour la solennité de la nativité du seigneur

Le Christ – notre Frère

« … car dans la cité de David vous est aujourd’hui né
un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Luc 2, 11)

Révérend Père,
Bien aimés fidèles,

Rendons gloire à Dieu car voici, après 40 jours de jeûne, cette année encore nous atteignons de nouveau la joie de la solennité de la Nativité du Seigneur. Le jeûne préalable a été, et est, pour les chrétiens une préparation bénie: il nous ouvre les yeux, non seulement sur le monde dans lequel nous vivons actuellement et dans lequel le Christ vient s’incarner, mais également sur le fait que ce monde passe. Nous ne devons pas avoir peur que le monde passe, car c’est pour cela que le Christ s’incarne, vient à notre rencontre, et se fait Enfant aujourd’hui pour nous sauver de la mort. „N’ayez pas peur!- dit l’ange aux bergers – car voici, je vous annonce une bonne nouvelle, qui fera la grande joie de tout le peuple; car dans la cité de David vous est né en ce jour un Sauveur, qui est le Christ Seigneur” (Luc 2, 10-11). Pendant toute la durée du jeûne de Noël nous apprenons à connaître le Sauveur surtout comme „Celui qui vient, qui veut être avec nous”. Le prophète Isaïe nous révèle le nom de celui qui va naître de la Vierge, à savoir Emmanuel, qui veut dire „Dieu est avec nous” (Isaïe 7, 14). Le Nom exprime même la réalité de l’Incarnation du Verbe, la Parole, de Dieu, qui devient l’un d’entre les humains, qui „... a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire” (Jn.1, 14). Nous ne sommes ni seuls ni abandonnés à notre impuissance humaine à dépasser les limites de ce monde et de cette vie. „Dieu est avec nous”! Nous avons vécu cette vérité de façon plus intense pendant le jeûne de Noël, temps de préparation que l’Eglise nous propose pendant toute la durée des 40 jours. Aujourd’hui nous accueillons le Christ Enfant parmi nous et à l’intérieur de notre coeur grâce à la Foi que Dieu Lui-même a semée en nous par son Esprit saint. C’est l’Esprit qui fortifie en nous „l’être humain intérieur, pour que le Christ puisse habiter dans nos coeurs par la Foi”, que nous soyons enracinés et fondés dans l’amour du Christ, qui est au-dessus de la connaissance, et que nous soyons comblés de „toute la plénitude de Dieu” (Ep.3, 16-19).

Bien aimés fidèles,

Au cours de l’année qui se termine dans quelques jours, le monde entier est passé par de nombreuses et graves épreuves. Des centaines de milliers d’êtres humains sont morts, d’autres centaines de milliers sont restés sans maison, sans un lieu où travailler, ou malades pour le reste de leurs jours. Beaucoup d’entre vous avez été miséricordieux à l’égard de nos semblables souffrants et éprouvés, ceux de la lointaine Asie, ceux d’Amérique, ceux de l’Europe prise par la sécheresse ou les inondations. Vous avez été miséricordieux pour ceux de Roumanie, qui ont souffert et qui souffrent encore par milliers des dégats des eaux. Combien de souffrance sur la face de la terre pendant seulement une année! Mais nous avons tous vu et senti quelle miséricorde et quelle bienveillance existent du côté des humains dans le monde entier!

Et si nous, faibles et pécheurs, nous savons être miséricordieux et proches de ceux qui souffrent en leur corps et en leur âme, combien plus Dieu – notre Père céleste – est avec nous, nous qui sommes à son image et à sa ressemblance, nous qu’Il a adoptés par la venue sur terre de son Fils! Le saint évangéliste Jean nous dit: „Et à tous ceux qui l’ont reçu (le Christ), qui croient en son Nom, Il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu...” (Jn.1, 12). „Voyez quel genre d’amour nous a donné le Père, pour que nous nous appelions fils de Dieu...” (1 Jn.3, 1). N’oublions pas combien Dieu aime le monde! La solennité de la Nativité du Christ est le témoignage vivant de l’amour divin. „Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croient en lui, au lieu de se perdre, trouvent la vie éternelle” (Jn.3, 16). Le Christ, non seulement nous aime, mais nous appelle à l’amour entre nous les humains, à la miséricorde et à la fraternité. Depuis son Incarnation, ceci n’est plus une sorte d’appel extérieur, venu d’un dieu qui serait loin de nous, dans un univers inconnu et pour nous inaccessible. C’est un appel de l’intérieur de notre nature que le Fils de Dieu prend de la Vierge Marie et par laquelle Il vit notre humanité, afin que nous puissions vivre sa divinité par grâce. Le Christ devient notre Frère. „Car Celui qui sanctifie et ceux qui se sanctifient ont tous le même et unique Père; aussi ne rougit-Il pas de les appeler frères” (Héb.2, 11).

Voilà le grand mystère auquel nous appelle le Christ en ce jour: devenir ses frères, comme Il s’est fait notre Frère. Il nous appelle à vivre la fraternité avec ceux qui sont à côté de nous, avec ceux qui sont dans le besoin et dans le dénuement spirituel ou matériel, humiliés et méprisés, avec notre prochain auquel le Christ s’identifie. „...En vérité Je vous le dis, ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt.25, 40).

Bien aimés fidèles,

J’aurais voulu confier à votre âme encore une réalité liée la vie de l’Esprit saint. Nous recevons beaucoup de nourriture et beaucoup de grâce des saintes Ecritures. Toute notre vie chrétienne est fondée sur le saint Evangile que le Christ Seigneur nous a laissé comme saint héritage par l’intermédiaire des saints disciples et apôtres. C’est pourquoi je vous engage à lire la Parole de Dieu dans vos maisons, avec piété et prière: elle sera une nourriture et un guide dans la vie pleine de troubles et d’épreuves que vous avez, et vous comprendrez ainsi que vous n’êtes pas seuls. Veillez également à l’âme de vos enfants: qu’ils soient eux aussi nourris des aliments divins, de la Parole de Dieu, et fortifiés pour la vie qui les attend plus tard.

Aujourd’hui que, avec les anges, nous chantons „Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance parmi les humains”, je rends grâce moi aussi à Dieu, et je vous remercie pour la bienveillance avec laquelle vous avez aidé nos frères de Roumanie qui souffrent des suites des inondations, par la collecte que nous avons faite dans nos paroisses. Quelques familles de la province de Galati vont habiter des maisons neuves, contruites de fond en comble par vos soins et grâce à votre contribution: elles profiteront maintenant de Noël parce que nous, d’ici et de loin, nous n’avons pas oublié leurs souffrances.

Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et un an nouveau béni, joie spirituelle et accomplissement de vos voeux. Que la volonté de Dieu vous accompagne sur tous les chemins de la vie!

                                                                       + le métropolite Joseph

Nativité du Seigneur – année 2005.

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Préparation d'une visite au musée de la préhistoire

(du Père Marc-Antoine Costa de Beauregard )

Quelques éléments catéchétiques à l’intention des accompagnateurs
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Généralités
Nos enfants enregistrent à l’école certaines données. Il est utile de leur fournir l’interprétation chrétienne de ces informations. Le rôle de la catéchèse est de construire des ponts entre la foi et ce que les enfants apprennent par les médias ou par l’école.

Les informations transmises par le système éducatif proviennent de disciplines scientifiques. La vérité y est établie par l’observation, par l’expérience répétée et par la confirmation des théories. Toutefois, au 21ème siècle, la connaissance scientifique n’est plus, en général, fondée sur l’idéologie scientiste ou positiviste des précédents siècles, philosophie selon laquelle – en caricaturant – ce qui n’est pas démontré par la raison humaine n’existe pas ; ce qui n’est pas prouvé aujourd’hui le sera demain, et sera seulement reconnu pour vrai une fois cette démonstration effectuée. La raison humaine serait la norme du savoir.

L’élargissement du système de pensée à notre époque permet d’admettre qu’il y a des registres de la réalité qui échappent à la méthode scientifique de connaissance, qui dépassent la raison humaine seule. L’univers et l’être humain ne sont pas rigoureusement adéquats à la raison humaine : ils sont plus grands qu’elle ! Le véritable esprit scientifique est généralement un esprit honnête, exact, conscient des limites à l’intérieur desquelles s’exerce sa compétence, et modeste.

La foi chrétienne rend hommage à tout le travail qu’opère la pensée humaine pour établir une vérité scientifique et, à partir de là, des méthodes et des techniques. Mais elle repose sur la révélation que le Seigneur veut bien, dans sa miséricorde, faire de lui-même, de son monde et de sa créature, l’être humain. L’activité de la raison humaine, et sa coïncidence avec le réel de l’univers, sont l’expression de la profonde rationalité de la création, imprégnée de la raison divine ou Verbe – le Logos, le Fils du Père. Le monde n’est pas absurde, il est l’épiphanie de l’intelligence divine, et les savants sont de ceux qui reconnaissent cette rationalité profonde de tout. Il n’y a donc pas, pour un chrétien, d’incompatibilité à priori de la foi et de la science.

Cependant, la foi chrétienne, nourrie par la révélation divine au sein de la Tradition biblique et ecclésiale, considère les théories et les découvertes scientifiques d’un point de vue critique (non : « de critique » !) : elle sait en effet que l’intelligence humaine, même illuminée par le saint Esprit, et bien qu’elle soit le sceau de l’intelligence divine qui est son image, comporte des limites naturelles. Elle sait également que la connaissance de la vérité n’est pas seulement la détermination d’un objet par un sujet pensant : la connaissance possible à l’être humain relève de l’admission de celui-ci dans les profondeurs de la sagesse divine, et de l’illumination de son intelligence par le saint Esprit. Ceci suppose une condition rigoureuse : que la personne connaissante mette sa foi en Dieu, et qu’existe une vraie relation interpersonnelle entre le croyant et son Seigneur. La connaissance profonde de l’univers et de l’Homme lui-même ne relève pas seulement de la méthode scientifique ; elle dépend de la révélation, et pas de n’importe laquelle : encore une fois, la révélation que Dieu fait de lui-même, de l’univers et de l’être humain dans l’Eglise.

La méthode étant ainsi située, nous ne voulons pas mettre nos enfants en difficulté par rapport au programme scolaire ; et nous entretenons une attitude de gratitude à l’égard de tout ce que les chercheurs découvrent avec l’honnêteté intellectuelle qui les caractérise, comme nous remercions le Seigneur d’inspirer l’intelligence et la main des médecins qui nous soignent. Nos enfants, comme nous-mêmes d’ailleurs, ont seulement le besoin de se situer en tant que croyants par rapport aux informations qui leur sont apportées ; ils ont également – et nous aussi – à se situer par rapport à des interprétations qui peuvent être de caractère non plus scientifique mais idéologique. La science est une chose ; la philosophie qui est derrière est quelquefois autre chose. Ainsi la communauté ecclésiale a quelque chose à dire dans le domaine de la vie et de la mort ; elle a à proposer une réponse à la théorie de l’évolution par exemple et, selon la révélation (et selon le bon sens !), elle proposera une autre vision que celle d’un être humain qui ne serait qu’un animal évolué. L’Eglise a une cosmologie, elle a une anthropologie, elle est le lieu théologique unique d’où rayonne la lumière de la sagesse de Dieu, pour bénir et magnifier tout ce que l’être humain trouve et fait de bon, de vrai et de beau.

Quelques idées pour les accompagnateurs au musée de la préhistoire
1. les êtres humains dont la science (paléontologie, préhistoire…) trouve les restes (ossements, objets domestiques, outils, armes, vestiges d’habitat…) sont les êtres humains les plus anciens dont on ait actuellement ce genre de traces. De nouvelles découvertes peuvent venir modifier notre savoir.
2. ces êtres humains ne sont pas les premiers humains. Adam et Eve, selon la Tradition biblique et ecclésiale, ont vécu au Paradis longtemps auparavant. C’était alors une humanité beaucoup plus belle, quoique non parfaite encore, et non transfigurée.
3. l’être humain achevé et transfiguré est reconnaissable dans la personne divine de Jésus Christ. Celui-ci est l’Homme parfait, au terme de l’évolution humaine.
4. les êtres préhistoriques dont nous observons les restes doivent pouvoir être situés après la perte du Paradis. L’humanité déchue connut alors la souffrance, la mort et la violence. Elle trouva ou se fabriqua des outils et des armes. Dans la Bible, cet état de la race humaine est évoqué dans les personnes de Caïn et d’Abel. Mais Adam et Eve s’étaient déjà fabriqué des outils quand, après le péché, ils voulurent se cacher de Dieu (apparition de la culture).
5. l’évolution et l’épanouissement de l’être humain se font dans l’Histoire grâce à l’action continuelle de Dieu, action miséricordieuse et créatrice. L’être humain n’est pas un animal (primate) amélioré. Dieu, après toutes les créatures et tous les animaux, a créé un être spécial, le seul à être « à son image », doué de rationalité et participant à l’Esprit. Dieu conduit cet être exceptionnel, à travers l’expérience du péché, de la déshumanisation passagère (les « premiers hommes » ne sont pas très beaux…, ils semblent des hommes déchus, vivant dans la terreur, comme des animaux) et de la mort, à la ressemblance ave lui-même, Dieu, son Seigneur et son image. Le parcours historique de l’Homme est donc le suivant : vie immortelle en communion avec Dieu au Paradis ; chute, perte du Paradis, expérience de la souffrance et de la mort ; évolution continue à travers la révélation de la personne de Dieu par les prophètes et les sages de tous les temps ; incarnation (hominisation) de Dieu au milieu de l’Histoire dans le sein de Marie la Vierge ; sanctification par le saint Esprit des humains qui croient en Jésus ; résurrection universelle à la fin des temps, réunion des justes de tous les temps au Père céleste par le Christ dans le saint Esprit.
6. la vision biblique et ecclésiale associe des éléments dits mythiques à des éléments dits historiques : en fait le Mythe ou parole sacrée et mystérieuse (souvent symbolique) révèle le sens et le contenu profond de l’Histoire, on n’ opposera donc pas ces deux registres; les éléments dits historiques sont souvent de caractère chronologique et événementiel, et ils ont leur place dans l’interprétation spirituelle (pneumatologique) de l’Histoire. Le Christ, notamment dans l’Evangile selon saint Matthieu, a exprimé une théologie de l’Histoire. La lecture de l’Apocalypse et de certains textes de saint Paul continue cet enseignement. Les dimanches qui précèdent Noël (dimanche des Ancêtres et dimanche de la Généalogie) expriment également cette lecture divine de l’Histoire universelle.

Ces premières réflexions pourraient être l’objet d’un approfondissement : notamment, la notion d’évolution (apparition, mutation et disparition des espèces) est susceptible d’une interprétation théologique. La relation Mythe-Histoire mérite d’être approfondie.

                                                                    Prêtre Marc-Antoine C. de B.

La douceur de Jésus Christ

A l'occasion de la fête de Saint Jean Chrysostome le 13 novembre dernier, Père Marc -Antoine Costa de Beauregard nous fait profiter cette semaine de cet extrait des oeuvres de l'ancien évêque de Constantinople:

« Jésus Christ demeurait dans le silence et souffrait tout avec beaucoup de tranquillité, pour nous former à la douceur et à la patience. Imitons donc Jésus Christ : car Il ne s’est pas borné à garder alors le silence, mais aujourd’hui, si on l’interroge, Il répond, et Il donne des marques et des signes visibles de sa providence. Des hommes qu’Il avait comblés de mille bienfaits, à qui Il avait fait du bien, non une ou deux fois, mais plusieurs, l’ont appelé démoniaque et insensé, et non seulement Il ne s’est point vengé, mais encore Il n’a point cessé de leur faire du bien. Et que dis-je, de leur faire du bien ? Il donne sa vie pour eux, et Il prie son Père pour ceux qui l’ont crucifié. Ces exemples, que nous donne le divin Sauveur, suivons-les donc aussi nous-mêmes, car c’est véritablement être disciple de Jésus Christ que d’être doux et patient.

Mais par où parviendrons-nous à cette douceur ? En repassant souvent nos péchés dans notre mémoire, en les pleurant avec amertume. L’âme qui vit dans cette tristesse, qui est pénétrée de la douleur de ses péchés, ne se met point en colère et ne s’offense de rien. Où est le deuil, là il ne peut y avoir de colère ; où est la douleur, là il n’y a nul emportement ; où est la componction de cœur, il n’y a ni dissensions ni querelles. Un cœur triste et affligé n’a point le temps ne la force de s’irriter, mais il jettera de profonds soupirs, il répandra des larmes amères. » (saint Jean Chrysostome, Homélie LX sur l’Evangile selon saint Jean)