Synergie de la théologie et de la science ( catéchèse )

Introduction

Synergie de la Théologie et de la Science

« Tout don et tout bien, comme toute gratification et tout accomplissement, sont d’en haut et descendent du Père des lumières, en qui il n’est ni hésitation ni ombre due au changement » (Jacques 1, 17). Tout ce qui est vrai, bon et beau a sa source dans le Père céleste, et tout don trouve en lui sa perfection. Le savant est celui qui a reçu de Dieu la grâce de chercher la vérité, comme l’artiste est celui à qui a été fait le don d’aimer la beauté, et comme le juste est inspiré pour le bien. Le Père céleste bénit tout artisan de vérité et de bien et Il se reconnaît en lui. L’Eglise voit dans la démarche scientifique l’œuvre du saint Esprit dans son monde et la reconnaît dans sa cohérence avec le Verbe incarné et sa sagesse.

Pour cette raison, la théologie se réjouit des recherches, des découvertes et des réalisations du travail scientifique, qui veut toujours établir une vérité, pour le bien des humains et pour celui de la création entière. Dès le Paradis, le Seigneur a confié à Adam la responsabilité royale à l’égard de la création et Il lui a inspiré de nommer les créatures, et de les lui présenter (Genèse 2, 19-20) : ceci fonde la démarche de connaissance des êtres visibles et invisibles ; c’est également le fondement divin de la responsabilité du savant devant le Souverain de l’univers, le Père, l’Esprit et le Logos de tous les êtres visibles et invisibles. Le théologien a pour mission de dévoiler, d’approfondir et de rappeler sans cesse ce que le Seigneur révèle de lui-même, de l’être humain et de la création toute entière ; sa place auprès du savant consiste à témoigner devant Dieu et devant les humains de tout ce que celui-ci trouve et fait de vrai et de bien. Le théologien témoigne en faveur du savant, et de toute personne qui peine pour la justice et pour la vérité dont elle a soif (cf. Matthieu 5, 6).

L’Eglise est la présence sacramentelle du Logos, incarné dans son monde et invisiblement présent à sa tête jusqu’à la fin des temps (Matthieu 28, 20). En elle agit l’Esprit qui vient de l’unique source paternelle, Celui qui inspire la contemplation et la recherche des « raisons » (logoi) des créatures. La rationalité créée qu’exerce par sa pensée le savant converge continuellement avec la rationalité profonde de la créature, imprégnée des « raisons » qu’imprime en elle, dès la création et de façon continuelle, le divin Logos, Unique engendré du Père. C’est pourquoi l’Eglise rend hommage au travail scientifique : elle le voit inspiré par l’Esprit, en particulier en toute activité de découverte, d’invention et d’application. Son peuple saint, auquel appartiennent ceux qui ont reçu le charisme de la divine théologie, a pour ministère d’exercer le discernement, et de reconnaître la cohérence de la recherche et de l’établissement de la vérité scientifique avec la profondeur de la sagesse divine.

Les savants, chercheurs et découvreurs des raisons des choses, sont inspirés, en cette part si fine de l’intelligence que les saints Pères appellent le « nous », faculté intuitive de l’esprit et de l’intelligence humaines, dont a parlé Blaise Pascal dans ses Pensées, souvent si proche des saints Pères. C’est par l’inspiration de l’Esprit Dieu, que les savants font les découvertes qui les honorent, et qui honorent la Raison divine incréée, sans commencement, coéternelle au Père qui la conçoit ineffablement. Dans la personne divine du Christ sauveur, la raison humaine est unie à la raison divine, à cause de l’Incarnation : le Logos, le Dieu-Homme, unit en lui tout le divin à tout l’humain. A cause de l’humanisation divinisante du Verbe, le divin et l’humain ne sont plus en conflit : ils sont unis sans aucune confusion, dans une sublime unité-distinction, qui préserve et accomplit, en la transfigurant, toute la dignité de la pensée humaine. L’intelligence humaine du Christ est divinisée ; son intelligence divine est humanisée. L’activité scientifique et l’activité théologique sont, non antagonistes, mais synergiques.

Ni sectaire, ni totalitaire, ni dominatrice, ni jalouse du bien accompli par autrui, sans monopole gnoséologique, la théologie, qui ne prétend pas avoir réponse à tout ou être compétente là où elle ne l’est pas, se réjouit de l’activité scientifique si noble et si utile, et elle rend grâces à Dieu pour elle. Le sacerdoce ecclésial élève tous les jours les mains vers le Créateur en l’invoquant et le remerciant pour tout exercice noble et désintéressé de la faculté humaine de connaître. Les saints Pères, comme saint Basile le Grand (Hexaméron), saint Grégoire de Nazianze (Discours théologiques), saint Grégoire de Nysse (Création de l’Homme), saint Maxime le Confesseur (Ambigua et Questions à Thalassios : à lire absolument en notre grand 21ème siècle !), et les théologiens de la pensée néo patristique contemporaine, comme le grand Dumitru Stàniloae (Théologie dogmatique), ont cultivé une attitude d’honnêteté intellectuelle, de sincère curiosité, de juste information, à l’égard de la pensée scientifique de leur temps. Ils ne faisaient pas de concordisme, ils étaient sans esprit de domination à l’égard du monde et de sa culture, mais ils se réjouissaient des convergences et des cohérences entre leur propre réflexion prophétique fondée sur la Révélation – auto découverte et invention de Dieu - et l’apport des chercheurs de vérité et des inventeurs.

L’Eglise est appelée, au cours de sa supplication et sa louange liturgiques, à prier sans cesse pour les savants, afin que l’Esprit les inspire toujours pour le bien ; elle intercède pour le pardon des fautes qu’ils ont pu commettre en pensée ou en actes, pour le repos et pour le salut des grands savants endormis après une vie de sacrifice et de labeur au service d’une recherche et de l’établissement d’une vérité fût-elle provisoire. Nous devons penser à intercéder fréquemment pour les chercheurs, pour les biologistes, les médecins, pour toute personne engagée loyalement dans une activité de type scientifique.

Croyants ou non, les savants sont l’objet de la faveur divine et de l’intercession ou de l’action de grâce de l’Eglise, car le Seigneur déverse sa bénédiction et son amour pour les humains sur les uns et sur les autres. Certes, un savant croyant travaillera avec l’aide consciente de Dieu, auquel sans cesse il demandera d’éclairer son intelligence et de le garder de tout faux pas dans sa méthode, sans ses investigations et dans les vérités qu’il cherche à établir. Ce n’est pas sans ascèse, sans le jeûne et sans la prière que devrait s’exercer la démarche scientifique afin de préparer le terrain intellectuel à la grâce incréée qui le fécondera et d’obtenir de Dieu la purification de l’intelligence. Mais le chercheur, le physicien, le biologiste, le mathématicien non croyants, capables toutefois d’honnêteté intellectuelle, se verront aidés et soutenus par le Seigneur : saint Maxime le Confesseur dit que les énergies incréées activent les énergies créées. C’est grâce à la synergie de l’humain et du divin que progresse et que s’accomplit l’œuvre humaine, jouissant ainsi d’un statut divino humain. La pensée humaine, dans les énergies qu’elle mobilise pour établir la vérité, est stimulée et éclairée par le Logos et par l’Esprit. Elle n’en est pas privée, car de son monde et de la communauté humaine, le Seigneur n’est pas absent : Il y est activement présent par ses énergies et ses raisons, dans un infini et divin respect pour sa créature. Le Seigneur a montré qu’Il est capable de s’étonner de la créativité de l’être humain créé à son image (Matthieu 8, 10): Il admire la foi de l’a personne humaine ; et Il s’émerveille également de son amour de la vérité et de la justesse.

A l’Eglise, nous l’avons dit, appartient également le charisme du discernement. Elle a la liberté d’évaluer le résultat du travail scientifique, en le confrontant aux données révélées par le Logos. La Révélation, dans la sainte Bible et dans la Tradition ecclésiale, se propose comme critère de discernement. Bien sûr, ce critère doit être accepté dans la foi, et le savant croyant éclaire son propre jugement à la justesse des jugements du Créateur, à la bénédiction de ses pères spirituels et notamment de l’Evêque. Le savant non croyant n’a peut-être que faire de ce que Dieu pense de lui-même, de l’Homme et du monde, et de ce qu’un dieu hypothétique pour lui peut bien penser de son travail. Mais en toute honnêteté, il est capable de s’y intéresser, de s’y ouvrir, d’en être au moins curieux, et de se rendre ainsi disponible, toujours dans la synergie, à un fructueux dialogue avec la théologie. Quand la foi n’est pas encore donnée ou reçue, la bonne foi peut déjà surabonder !

Le Logos est la Tête de son Eglise, et Il fait d’elle à jamais la conscience vivante et inspirée de son monde. Il veut susciter au sein de ses membres des chercheurs et des savants compétents. Il encourage, par l’intercession de la Mère de Dieu et de tous les saints, particulièrement de ceux qui ont déjà œuvré dans ce sens, tout travail sérieux, méthodique, original, toute nouveauté qui édifie. Toute liberté est donnée, rappelle le grand penseur qu’est l’apôtre Paul ; mais tout n’édifie pas : l’Esprit que donne le Christ à ceux qui le reconnaissent comme Seigneur, propose que la liberté de la recherche scientifique soit exercée dans le sens de ce qui édifie. Un travail constructif peut être mené par les savants croyants avec leurs collègues agnostiques, car la vérité appartient à tous, elle est proposée à tous par Celui qui est le Dieu de tous, et tous la recherchent avec une intelligence honnête. Nous parlons de cette belle vérité, la vérité divine, qui assume la vérité scientifique – la vérité du monde actuel et à venir, de la société et de la création tout entière dont saint Maxime s’est fait le chantre dans ses grandes pages cosmologiques. Les saints Pères n’opposent pas : ils discernent, et ils conduisent au Verbe toute pensée humaine et tout fruit de la démarche humaine de connaissance. Car le Logos est le Roc auquel son confrontées toute parcelle de vérité, toute théorie et toute technique, et tout produit de la culture.

Et le Logos « revient avec gloire pour juger les vivants et les morts », confesse la foi de l’Eglise théologienne et prophétique. Toute pensée humaine, et d’ailleurs toute entreprise humaine – les pensées et les actes – seront exposées à la lumière parfaite de la vérité divine. « Venez les bénis de mon Père » (Matthieu 25, 34), est la parole qu’entendront les esprits scientifiques de tout bord : les savants, croyants et non croyants, rendront compte de leurs pensées, de leurs théories, des techniques qu’ils auront élaborées, de l’usage qui en aura été fait. « Ce que vous avez fait au plus petit, c’est à moi, le Verbe Dieu, que vous l’aurez fait ». Ce que le savant aura fait pour la plus petite parcelle des créatures, pour l’atome, pour ces particules infimes que pressent la pensée physique par exemple, pour ces étoiles qu’on n’a jamais vues et qui ne sont connues que mathématiquement, c’est au Logos, à la Raison divine à jamais incarnée qu’il l’aura fait : derrière chaque particule, derrière chaque énergie créée du cosmos, siège un logos du Logos et s’active une énergie de l’Esprit. Et ce sera également l’heure de reconnaître sincèrement les erreurs scientifiques ; ce sera l’heure du feu pour ceux qui auront perverti la science ou usé d’elle pour des desseins inhumains ou hostiles à la création. Ce sera l’heure, pour les théologiens ecclésiaux et pour tous les saints, comme ils l’auront fait en ce monde, d’intercéder pour leurs frères les scientifiques – non de les accabler ! La dimension eschatologique de l’œuvre scientifique est à annoncer. Les savants non croyants seront stupéfaits quand ils découvriront quelle Intelligence ils ont, sans le savoir, servie chaque fois qu’ils ont travaillé dans un esprit de vérité, dans le grand charisme de la pensée scientifique qu’est l’honnêteté intellectuelle.

La rencontre de la science et de la théologie n’est pas un antagonisme, une compétition ou une rivalité : elle est éventuellement une émulation pour la vérité ! Elle est surtout une synergie de la pensée humaine et de la pensée divine, dans le respect méthodologique des domaines, des « ordres » dont a écrit Blaise Pascal.

L’Esprit suscite en l’Eglise du Christ une mentalité de travail et d’approfondissement continuel, non seulement de la Révélation elle-même – Tradition orale et écrite -, mais encore des êtres, du cosmos et de ses lois données par le Créateur. Du point de vue théologique, les éléments du monde ne sont pas des choses ou des objets : ce sont, à proprement parler, des « créatures » ; elles relèvent du Créateur ; elles constituent, comme l’a développé Père Stàniloae, le sacrement du dialogue de la pensée créée et de la pensée éternelle de Dieu : matière, occasion de dialogue divino-humain ; pain et vin de l’amour, échange eucharistique de l’Homme et de Dieu en la personne divine du Dieu-Homme. L’Esprit veut inspirer une théologie de la culture et de la science ; Il veut promouvoir une classe de savants théologiens, ou de théologiens savants, compétents sur le terrain de la culture et de la science de leur temps, et nourris de toute la richesse de la contemplation biblique et ecclésiale : le savant théologien est en dialogue continuel avec le Seigneur, le Christ Logos fait chair. Il présente sacerdotalement la matière de ce monde au Créateur dans une grande épiclèse : Celui-ci la bénit, la consacre en sa propre chair et en son précieux sang ; et Il la lui rend, cette matière créée, transfigurée, par la grâce de l’Esprit.

Dans sa modernité, dans son actualisation continuelle par l’Esprit, la théologie de l’Eglise est appelée d’une part à tirer toutes les conséquences de la réalité de l’Incarnation du Logos, d’autre part à saluer avec gratitude toute initiative et toute invention inspirées par l’Esprit. La communauté ecclésiale, pour cette raison, oeuvrera à former ses évêques et ses prêtres, non seulement dans l’indispensable expérience ascétique et charismatique, non seulement dans l’incontournable culture patristique, mais encore dans la connaissance des plus récentes et passionnantes découvertes scientifiques. Des évêques de culture scientifique, des prêtres et des laïcs informés et compétents, seront la joie de notre siècle et du siècle qui vient et de toute conscience loyalement inspirée qui interroge, qui s’interroge, parfois avec angoisse, sur le sens et le contenu de ce monde et de sa propre existence. Au Père des lumières soit, avec son Verbe et son Esprit, gloire et louange, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles !
Archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard, de la Métropole roumaine d’Europe occidentale.

Catéchèse du 29 avril donnée en la paroisse Saint-Séraphim de Sarov

Textes pour aider la réflexion

« On a coutume de distinguer dans la prière, la louange, la demande et l’action de grâces. En réalité, dans la Bible, la louange et l’action de grâces se retrouvent dans un même mouvement de l’âme, et, au plan littéraire, dans les mêmes textes. En effet, c’est par tous ses bienfaits à l’égard de l’homme que Dieu se révèle digne de louange. Celle-ci devient alors tout naturellement reconnaissance et bénédiction ; les parallèles sont nombreux (Ps 35, 18 ; 69, 31 ; 109, 30 ; Esd 3, 11). La louange et l’action de grâces suscitent les mêmes manifestations extérieures de joie, surtout dans le culte ; l’une et l’autre rendent gloire à Dieu (Is 42, 12 ; Ps 22, 24 ; 50, 23 ; 1 Ch 16, 4 ; Lc 17, 15-18 ; Ph 1, 11 ; Ep 1, 6, 12, 14), en confessant ses grandeurs.
Dans la mesure cependant où les textes et le vocabulaire invitent à une distinction, on peut dire que la louange pense plus à la personne de Dieu qu’à ses dons ; elle est plus théocentrique, plus perdue en Dieu, plus proche de l’adoration, sur la voie de l’extase. Les hymnes de louange sont généralement détachées d’un contexte précis et chantent Dieu parce qu’il est Dieu » (VTB p.680).

« Dans son mouvement essentiel, la louange reste la même de l’un à l’autre Testament. Désormais cependant elle est chrétienne, d’abord parce qu’elle est suscitée par le don du Christ, à l’occasion de la puissance rédemptrice manifestée dans le Christ. C’est le sens de la louange des anges et des bergers à Noël (Lc 2, 13s, 20), comme de la louange des foules après les miracles (Mc 7, 36s ; Lc 18, 43 ; 19, 37) ; c’est même le sens fondamental de l’Hosanna des Rameaux (cf. Mt 21, 16 = Ps 8, 2s), et aussi du Cantique de l’Agneau dans l’Apocalypse (cf. Ap 15, 3).
Quelques fragments d’hymnes primitives, conservées dans les Epîtres, renvoient l’écho de cette louange chrétienne adressée au Dieu Père qui a déjà révélé le Mystère de la Piété (1 Tm 3, 16), et fera surgir le retour du Christ (1 Tm 6, 15s) ; louange qui confesse le
mystère du Christ (Ph 2, 5… ; Col 1, 15…), ou le Mystère du Salut (2 Tm 2, 11ss), devenant ainsi parfois la véritable confession de la foi et de la vie chrétienne (Ep 5, 14).
Fondée sur le don du Christ, la louange du NT est chrétienne aussi en ce sens qu’elle monte vers Dieu avec le Christ et en lui (cf Ep 3, 21) ; louange filiale à la suite de la propre prière du Christ (cf. Mt 11, 25) ; louange adressée même directement au Christ en personne (Mt 21, 9 ; Ac 19, 17 ; He 13, 21 ; Ap 5, 9). En tous sens il est juste d’affirmer : désormais, c’est le Seigneur Jésus qui est notre Louange.
S’épanouissant ainsi à partir de l’Ecriture, la louange devait toujours rester primordiale dans le christianisme, rythmant la prière liturgique ave les Alléluia et les Gloria Patri, animant les âmes en prière jusqu’à les envahir et à les transformer en une pure « Louange de gloire » (cf. Ep 1, 12). (VTB, p. 683-684).

Le vocabulaire chrétien « hérite, à travers les LXX, de la tradition de l’AT. L’action de grâces est inséparable de la confession (gr. homologeô : Mt 11, 25 ; Lc 2,38 ; He 13,15), de la louange (gr. aineô : Lc 2,13, 20 ; Rm 15,11), de la glorification (gr. doxazô : Mt 5,16 ; 9,18) et toujours, d’une façon privilégiée, de la bénédiction (gr. eulogeô : Lc 1, 64, 68 ; 2,28 ; 1 Co 14, 16 ; Jc 3, 9). Mais un terme nouveau, pratiquement inconnu de l’AT (gr. eucharisteô, eucharistia) envahit le NT (plus de 60 fois), manifestant l’originalité et l’importance de l’action de grâces chrétienne, réponse à la grâce (charis) donnée par Dieu en Jésus-Christ. L’action de grâces chrétienne est une eucharistie, et son expression achevée est l’Eucharistie sacramentelle, l’action de grâces du Seigneur, donnée par celui-ci à son Eglise » (VTB p. 14).

Bibliographie : ar. Aimilianos, Catéchèses et discours, 3, Exultons pour le Seigneur, éd. Ormylia, 2002. Et 4, Le culte divin, attente et vision de Dieu, éd. Ormylia, 2004.

Catéchèse à Saint-Séraphim-de-Sarov le 29 avril 2007:

LA PRIERE DE LOUANGE
« Rendez grâces en tout temps et en toute circonstance ! » (Ep 5,20 et 1 Th 5, 18)
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Pourquoi cultiver la prière de louange ? « La seule pensée des bienfaits de Dieu suffit pour faire éclater un cœur généreux » (P. Païssios, Lettres, Thessalonique, 2005, p. 115 ; cf p. 57 89 110 115 131 188 198 237)

- fondements bibliques (cf textes au dos) : psaumes 8 18 29 32 33 46 56 64 65 88 91 94 95 106 117
- fondements liturgiques : la divine liturgie, l’ouverture de chaque office, doxologies
- fondements patristiques : « bénédiction » (euloghsis) – Dieu bénit, et est béni (ses bienfaits)
- la louange comme jeûne : renoncement à nos pensées, à nos soucis, à l’amour de soi, à la jalousie - se réjouir pour autrui (ministère de l’Esprit saint, selon Père Dumitru Stàniloae), sacrifier nos idoles ; dimension ascétique : ascèse de la joie, ascèse pascale, ascèse des parfaits
- la louange comme confession : reconnaître la présence et la Seigneurie de Dieu (expression de la Foi) ; comme connaissance de Dieu qui est joie – structure prophétique de l’existence chrétienne
- la louange comme célébration : structure sacerdotale et angélique de l’existence chrétienne
- la louange dans l’épreuve : transfiguration de la souffrance et de la mort (le Christ, les martyrs)
- puissance de la louange : synergie avec l’action miséricordieuse de Dieu, royauté des chrétiens, responsabilité devant Dieu, hommage à sa souveraineté, Dieu a déjà fait et déjà donné tout ce que nous pourrions lui demander pour notre salut
- la douleur de la louange : « avec l’allégresse survient, connexe et incessante, la douleur de l’âme : « Pourquoi mon Dieu es-Tu si loin ? Pourquoi, sachant que Tu te réjouis en moi, ne puis-je t’étreindre dans mes bras ?» (ar. Aimilianos, catéchèses et discours, 2, Sous les ailes de la colombe, éd. Ormylia, 2000, p. 89).

Comment pratiquer la louange ?

- être attentif à la prière de l’Eglise et au nom (de Dieu, de la Mère de Dieu, des saints…)
- servir la prière ecclésiale : offices d’action de grâce, acathiste d’action de grâce, mémorisation des grandes hymnes de gratitude (doxologie, cantique de la Mère de Dieu, de Zacharie, de Syméon…)
- en prière du cœur, les formules brèves qui se trouvent dans les offices (« gloire à notre Dieu, gloire à toi ! », « gloire à ta sainte résurrection, ô Christ, gloire à toi ! », « gloire, Seigneur, à ta sainte résurrection ! », à ton Incarnation, etc.), sur le chapelet ou la respiration
- développer sur d’autres thèmes, par exemple : « gloire à ta miséricorde infinie, ô Christ, gloire à toi ! », à ta bonté, à ta longanimité, etc.
- louer Dieu pour les autres : pour les saints « gloire à toi pour ta Mère très pure, Seigneur, gloire à toi ! », « gloire à toi pour ton serviteur saint N…, Seigneur, gloire à toi ! » ; pour nos frères et sœurs : « gloire à toi pour ton serviteur – ou ta servante – N…, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour soi-même : « gloire à toi pour moi pécheur, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour les défunts : « gloire à toi pour ta servante défunte N…, Seigneur, gloire à toi ! »
- louer Dieu pour toutes ses créatures : le soleil, la mer, les forêts, les animaux, etc.
- louer Dieu « en toute circonstance », selon l’Apôtre : épreuve, souffrance, maladie…
- associer les saints à la louange, suivant le modèle ecclésial : « Réjouis-toi… » Par exemple : « Réjouis-toi, Vierge Mère de Dieu, réjouis-toi ! », « Réjouis-toi, saint Père N…, réjouis-toi ! », « Réjouissez-vous tous les saints, réjouissez-vous ! » - sous-entendu « car ton Fils (ou le Christ ) est ressuscité ! » ou un autre motif tiré d’une action divine
- terminer ainsi : « Seigneur Jésus Christ notre Dieu, Toi qui es loué avec le Père et l’Esprit par toutes les créatures visibles et invisibles, accepte les prières de supplication et de louange que nous t’adressons en ce jour avec tous tes saints pour ta miséricorde infinie, ton indicible compassion, ton incompréhensible sagesse et la justesse de tes jugements, Toi qui es béni dans les siècles des siècles : Amen ! »

Jeûne et abstinence de l'Eglise

"Jeûne et abstinence de l'Eglise: pourquoi? comment?"
L’apprentissage du jeûne et l’acquisition du sens de l’Eglise – a. p. Marc-Antoine Costa

I. Pourquoi jeûner ?

- appartenance au Christ et à l’Eglise (baptême, onction chrismale, eucharistie). Le Christ jeûne (Mat 4, 2) dans sa Pâque (nouvel Israël). L’Eglise – son Corps – jeûne (expérience d’unité et de communion dans la Foi). Fondement ecclésial : l’incarnation du Verbe (union hypostatique) ; le Dieu-Homme jeûne en nous ses membres. Loin de nous l’individualisme !
- faire l’expérience de la divinité Père, Fils et saint Esprit (Dieu est sans besoin, Dieu jeûne, nous co-jeûnons) ;
- répondre à l’appel de l’Esprit, de l’Eglise, du Christ  (« suis-moi ») ; l’Esprit dans l’Eglise proclame le jeûne : aller au désert pour affronter les esprits déchus (démons)
- faire participer le corps (tout l’être humain), et l’inconscient (purifier l’imagination et la racine des pensées) à la prière et à l’engagement spirituel
- donner la force à la prière par la détermination, le jeûne est un témoignage
- se purifier de la peur de la mort (frôler la mort)
- souffrir librement pour démontrer sa détermination et participer à la Croix du Christ
- retrouver le style de vie paradisiaque (Gen 2, 16)
- accomplir l’obéissance adamique (le jeûne est le premier commandement : le dernier commandement est « prenez et mangez »)
- se nourrir de Dieu (le Fils prodigue) (« ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père »)
- renoncer à l’amour de soi (amour du plaisir, complaisance pour soi), à l’idolâtrie du moi
- acquérir la non-convoitise (libérer la création, les animaux, dimension écologique, ne pas consommer…)
- acquérir le repentir (prendre le deuil de ses péchés, de sa mort spirituelle, pleurer un mort)
- préparation à la Pâque, à la communion eucharistique (Ex 34, 28 ; Lv 23, 14 ; Luc 4, 2), se tourner vers Dieu pour qu’Il comble notre faim.

II. Comment jeûner ?

- jeûne (total, un ou plusieurs jours) et abstinence (renoncement à certains aliments)
- d’un coucher du soleil à un autre
- viande (meurtre et cannibalisme), laitages, œufs (nourritures du Royaume), huile, vin (allégresse et fête), poisson (mémoire de la Résurrection)
- direction spirituelle : jeûne et obéissance (bénédiction, dimension ecclésiale, communautaire)
- jeûne et prière (prier suffisamment), la prière EST jeûne (Mt 7, 21 ; Lc 2, 37) ; le jeûne est l’ « espace spécifique de la prière » (Père Emilianos dit cela du jeûne et de la veille).
- jeûne familial (respect des autres), initiation des enfants
- le jeûne pascal est le type des autres jeûnes (chaque semaine est la semaine sainte, et une nouvelle genèse)
- jeûne culturel (TV, images, lectures, spectacles)
- le vrai jeûne : Is 58, 1-12 ; la relation entre le jeûne et l’aumône
- jeûne des pensées, des paroles (silence)
- proclamation du jeûne (Eglise)
- jeûner de sommeil (Ps 131, 4) : la veille
- jeûne + confession des péchés ; + onction des malades ; + communion eucharistique
- jeûne et prosternations (« métanies »)

Catéchèse du 7.02.07 : QUELQUES TEXTES POUR NOUS GUIDER…

Archimandrite Emilianos (Simonos-Petra, Sainte-Montagne)
« Le jeûne est une tradition de notre Eglise. Si nous ne jeûnons pas nous ne sommes pas chrétiens. Par quel moyen le prophète Elie est-il monté aux Cieux ? Quand Moïse a-t-il vu Dieu ? Comment l’apôtre Paul a-t-il reçu l’appel divin ? Et Barnabé ? Tous jeûnaient. A quel moment Pierre vit-il la nappe descendre de la Jérusalem céleste ? Lorsqu’il jeûnait. Donc, nous aussi, observons ce qui nous est transmis par la tradition de notre Eglise » (catéchèses et discours 2, p. 366).
« Nous pouvons demander également par le jeûne. Vous vous souvenez qu’il est dit dans l’Ecriture à propos des démons : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et par le jeûne ». Il existe une interprétation de ce passage : ce genre de démon ne peut sortir de l’âme d’un homme, s’éloigner de lui et cesser d’agir en lui, que si cet homme est en état de prière et qu’il jeûne.
Mais il y a également une autre interprétation, fondamentale et plus profonde, où est analysé le sens de sortir : Je suis arrivé à mon terme, j’ai atteint mon but. L’homme, puisqu’il est sorti de Dieu, ne peut revenir à son point de départ, c’est-à-dire à Dieu, que par la prière et le jeûne. Dieu se révèle à ceux qui prient, qui supplient et qui jeûnent.
Le jeûne est un signe visible qui nous protège de tout mal. Le moindre affaiblissement de la conscience dans le domaine du jeûne crée un redoutable relâchement spirituel et corporel dans l’organisme. Dieu ne peut parler au cœur de celui qui ne jeûne pas.
Le jeûne chasse le démon. Le jeûne attire les anges. Le jeûne est l’embellissement de l’homme, de son visage, de son âme, de tout son organisme. Dieu se plaît dans un tel homme, Il fait en lui sa demeure.
Toutefois le jeûne exige de grandes précautions, car il doit nous mener à nous tenir constamment en situation d’attente instante. Nous ne faisons rien d’autre qu’attendre Dieu, avec patience, avec une affliction consciente, avec un estomac vide, un intellect vide également, un cœur vide également, pour que Dieu les comble. Nous ne faisons rien, nous attendons ardemment le Seigneur.
(…) Quand nous prions, quand nous supplions, lorsque nous jeûnons et que nous persévérons, nous pouvons demander à Dieu sa grâce, qui nous à lui, nous obtient l’entrée dans le Saint des Saints par la foi. (2, p.223-224)
« Participer à la sanctification du Christ veut dire être mis à part exclusivement pour lui. C’est une union avec Dieu, une parfaite communication avec lui, de sorte que l’échange des propriétés, des caractéristiques des deux natures soit possible. Ce que la nature divine a accompli dans la nature humaine du Christ, doit se produire maintenant en moi (…) Participer à la sanctification de Dieu signifie : je me laisse lier à lui. Alors celui qui demeure sur la vigne, demeure dans le christ. L’être unique qui est créé par cette union, cette chair unique, cet esprit unique, c’est cela la véritable sanctification. » (4, p.90)

Père Matthieu le Pauvre (Saint-Macaire, Egypte)
« Le jeûne est un acte divin, que nous recevons du Christ comme un acte de vie qui complète le baptême et le don plénier de l’Esprit. Depuis l’origine, l’Eglise s’efforce de faire passer dans son propre corps les actes de la vie du Christ, afin qu’ils deviennent des actes vivifiants pour tous ses membres. Si l’Eglise imite le Christ dans sa discipline de vie, c’est parce Dieu lui a donné la grâce et l’autorité de recevoir le Christ lui-même pour qu’Il devienne sa propre vie. L’Eglise unie au Christ est une image vivante et et efficace de la vie du Christ.
La vie de l’Esprit grandit en nous si nous sommes conduits par lui dans le désert du jeûne, comme un agneau est conduit au sacrifice, pour y subir la destruction – au moins partielle – de notre moi. Le renouveau en nous de la vie de l’Esprit est lié à la façon dont nous parvenons à nous conformer à l’image de cet amour sacrifié. Un tel jeûne est la première épreuve à franchir, si nous voulons suivre la route de la Croix jusqu’au bout (p.137)
Pendant le Carême, nous nous préparons à la dernière Cène. Comment ceux qui ne se sacrifient pas eux-mêmes pourraient-ils recevoir valablement celui qui a sacrifié sa vie ? » (La communion d’amour, p.144)

Eglise, foi orthodoxe et responsabilité politique (catéchèse)

Pourquoi et comment, en chrétien, exercer sa responsabilité de citoyen ?
Eglise, foi orthodoxe et responsabilité politique

(notes écrites dans la perspective des élections européennes)

L’Eglise, lieu, non seulement de prière et de célébration, mais lieu de pensée, de réflexion et de culture.

Préparer ecclésialement les événements et les éventuels engagements chrétiens (Constitution européenne).

Il s’agit de trouver une attitude ecclésiale, non individuelle, communautaire, unanime : prophétisme, royauté et sacerdoce des baptisés…

Royauté et souveraineté de Dieu, le Fils de Dieu et Fils de l’Homme, royauté de Jésus entrant à Jérusalem
Obéissance au Christ, aux chefs par conscience
Deux périls : l’identification avec une cause (confusion) ; l’abdication de toute responsabilité (abstention durable)
Soumission aux autorités : Rom 13, 1-7 ; Tite 3, 1 ; 1 Pi  2, 13-17 et 18-20
Soumission aux anciens : 1 Pi 5, 5-7

Christianisme non pas mythique mais historique

Le Christ distingue Dieu et César, l’Eglise et le Monde (payer l’impôt : Mt 22, 17 ; Ro 13, 6 et 7
Le pouvoir vient de Dieu (Jn 19, 11)
Mais le Christ envoie dans le Monde ses disciples
Le Christ est vainqueur du monde par sa Croix (cf. Rameaux) et sa Résurrection, Ascension, Don de l’Esprit

Le chrétien discerne les signes des temps : Sir 42, 19 ; Ag 2, 15-19 ; Mat 16, 4 ; 24, 6-8, etc)

Le chrétien jeûne et prie pour le monde (le salut du monde)

Le chrétien est, comme le Christ lui-même (cf. Saint-Basile), « citoyen de ce monde », sans cesser d’être membre de l’Eglise (comme le Christ est resté Dieu !)

Citoyenneté chez saint Paul : « nous sommes citoyens romains » (Ac 16, 37), « je suis citoyen de Tarse » (Ac 21, 39) ; d’autre part : « nous sommes citoyens des cieux » (Phi 3, 20 : cf. Ps 118, 19 « sur la terre je ne suis qu’un hôte »

Europe :
Europe papale, modèle historique, autres modèles
Plusieurs europes : impériale, papale, antichrétienne, byzantine

Pères fondateurs : martyrs, saints, au 18ème Benjamin Constant, Mme de Staël, Napoléon Ier « européen » impérial opposé à l’Europe austro-hongroise (Saint-Empire romain germanique…)

Conception orthodoxe et juive : mission des peuples, anges des nations
Eglise et nations : Eglise tirée des nations ; l’Eglise est la nation sainte (1 Pi 2, 9 ; cf. Ez « une seule nation » 37, 22). D’autre part : rassemblement des nations sous le Christ (Ps 85, 9 ; Jér  16, 19 ; Mat 25, 32 : « toutes les nations seront rassemblées devant le Fils de l’Homme », Apoc 21, 24 : « la nations marcheront à ta lumière », cantique de Siméon) et doctrine des anges des nations : Dn 10, 13-21 ; Dieu exerce sa souveraineté sur les peuples par le ministère des anges (saint Michel) cf. Daniélou Origène Paris 1948 p.222-235 ; cf. également saint Basile Contre Eunome ; cf. article « nations » in V.T.B. Paris 1995

Modèle trinitaire pour les différentes formes de société, donc l’Europe des nations

Pourquoi et comment communier (catéchèse)

Cette double question correspond à deux paroles entendues dans la sainte liturgie :

1. « … communie aux précieux et saints Corps et Sang de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ en rémission de ses péchés et pour la vie éternelle »

2. « Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez ! »

POURQUOI ?   parce que communier est indispensable !

+ « Pour la vie éternelle »

- participer à la vie de Dieu Père, Fils et saint Esprit
- participer à la divinité et à l’humanité de Jésus Christ
- participer à la grâce du saint Esprit qui remplit les saints Dons
- participer à l’Eglise – Corps et Sang de Jésus Christ qui est toujours à sa tête, image parfaite du Père, et rempli du saint Esprit – cette participation est une adhésion à la foi de l’Eglise, exprimée dans la sainte liturgie ; union à tous les baptisés, les vivants et les défunts
- être uni également à la Mère de Dieu et à tous les saints – communion des saints

+ « en rémission de ses péchés »

- dans le Corps et le Sang du Dieu Homme s’accomplit ce qui est commencé dans le saint baptême : la rémission des péchés
- s’accomplit ce qui est commencé dans la sainte chrismation : la sanctification de la personne et son ecclésialisation
- d’où la relation absolution (renouvellement du baptême) et communion
- cela veut dire que la sainte communion équivaut à tous les autres sacrements (= actions divino-humaines du Christ par et dans l’Eglise) ; en tous cas, elle les scelle tous
- le Corps et le Sang de Jésus Christ nous lave de nos péchés, car Il a justement sacrifié sa vie par amour  pour nous, pour le pardon de nos péchés

Voir saint Jean de K.
V.Ch. 35, 49-50, 87-88, 90, 98, 120, 128, 155 ?

COMMENT ? avec larmes !

- quelle fréquence ? la communion fréquente
- en quel lieu ? la communion dans une église orthodoxe
- en quel temps ? le dimanche, les grandes fêtes : quand l’assemblée se réunit
- dans quelles dispositions ? dignité-indignité (conscience), réconciliation amour fraternel
- avec qui ? le Seigneur et son Eglise, les frères, les baptisés unis dans la même foi et le même mode de vie, témoins de la même Tradition de Jésus Christ (apôtres et pères)
- « crainte » ? « foi » ? « amour » ?

Voir saint Jean de K.

L'expérience du Saint- Esprit (catéchèse )

Nous avons tous à un degré ou à un autre l’expérience du Saint-Esprit, mais nous n’en avons pas forcément conscience : d’où l’intérêt d’en parler entre nous !

Nous avons tous reçu en plénitude le Saint-Esprit par le baptême et la sainte chrismation (1 Jn 4, 13 ; 1 Pi 1, 2 etc.). Quand nous communions au saint Corps et au précieux Sang du Christ, nous communions au Saint-Esprit parce que le Christ, sans se confondre pourtant avec lui, est rempli du Saint-Esprit. L’expérience du S.-E. = expérience du Christ vivant.

Notre foi est dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit. L’Eglise, depuis l’origine, n’a cessé de proclamer la foi dans l’Esprit vrai Dieu. Et surtout, elle n’a cessé, depuis la Pentecôte, de faire l’expérience du Saint-Esprit. Quelle est donc cette expérience, plus forte que toute démonstration doctrinale ? Et pouvons-nous en parler avec simplicité de cœur ?

1. Le monde connaît-il le Saint-Esprit ?

L’Esprit-Saint inspire tout ce qui est beau (art), tout ce qui est vrai (science) et tout ce qui est bon (dignité humaine). Mais le monde n’a pas le Saint-Esprit en plénitude : si c’était le cas, il reconnaîtrait Jésus comme Dieu et comme Messie, et il serait l’Eglise ! Tout ce qui est bon vient du Père et retourne à lui : rendre grâce à Dieu qui donne un peu de son Esprit même à ceux qui ne croient pas ou dont la foi est incomplète ou erronée… La question de l’« œcuménisme »… du pluralisme spirituel dans notre société…

1. Quelle expérience l’Eglise a-t-elle du Saint-Esprit ?

Expérience veut dire connaissance réelle, répétable et identifiable. Dieu n’est pas une idée : Il est réel. Pouvons-nous le connaître par expérience ? Le voir, le toucher, le sentir, l’entendre, etc. ?

A. avant tout, par la foi.

- Croire en Jésus Seigneur. Personne ne peut croire en Jésus Dieu et Homme sans le S.-E. La vie dans l’Eglise est une initiation, non la compréhension humaine d’une doctrine, encore moins l’adhésion à une philosophie, à une idéologie, à une morale. Nous ne pouvons avoir du Père et du Fils, et du Saint-Esprit lui-même, d’autre connaissance que celle à laquelle nous initie le Saint-Esprit.

- La foi dans la Résurrection, dans l’Incarnation virginale (triple virginité de la Mère de Dieu), bref : le Credo

B. ensuite,  par les sacrements ou mystères :

- les fidèles reçoivent la plénitude de la présence personnelle du S.-E. au baptême et à la chrismation ; et dans chaque sacrement, ils participent à nouveau aux dons de l’Esprit : mariage, ordination, onction, absolution, monachisme, etc. Les sacrements sont célébrés pour cela, pour la réception de la grâce du S.-E. : en particulier, l’absolution donne la grâce du pardon et de la guérison ; elle permet, par la purification spirituelle qu’on y reçoit, de communier au Saint-Esprit présent dans le Corps et le Sang du Christ ; c’est pourquoi ce sacrement est nécessaire

C. par l’aumône et toute action en faveur du frère :
- ces œuvres cohérentes avec les commandements du Seigneur ne nous mettent pas seulement « en règle » avec la loi divine ; elles nous permettent d’acquérir le Saint-Esprit sous la forme de l’amour – amour du prochain

D. par l’expérience de dons particuliers du Saint-Esprit : Il est connu par ses dons :

- par la transfiguration des sens et des sentiments : émotion due à la beauté et à la vérité de la Parole de Dieu quand nous l’entendons proclamer, à la beauté de la célébration liturgique et des saintes icônes ; c’est plus qu’une émotion esthétique, c’est lié à la perception de la vérité
- par le repentir : « le cœur brisé » ; le repentir ou conversion est lui-même une grâce, et il ouvre à la grâce de reconnaître la miséricorde de Dieu
- par le sentiment de l’absence ou du silence de Dieu ;
- par la tristesse ou la nostalgie spirituelles (saint Silouane…)
- par le sentiment du péché et de l’impureté spirituelle (culpabilité)
- par la glorification du Seigneur et de sa Résurrection, et de sa miséricorde
- par l’inspiration : exemples dans la sainte Ecriture (l’apôtre Philippe, etc.)
- par la gratification
- sagesse (Ex 28, 3), diversité des dons (1 Co 12 ; 13 ; Eph 4, 30 ; Phi 4, 4 ; Ga 5, 22)

E. par l’expérience de la prière intérieure, prière « du cœur », prière « du Nom de Jésus » : lutte pour l’acquisition de l’Esprit et de ses dons

Conclusion : saint Séraphin parlait d’« acquisition » du S.-E. : « vendre » nos passions et nos péchés et recevoir en échange la vie nouvelle.
En réalité, tous les dons et la plénitude de la présence du Saint-Esprit étant le fait de tout chrétien, il s’agit d’« activer » ces dons, d’entrer en possession de l’héritage, de manifester la présence du S.-E., de devenir conscients de cette présence. L’ascèse chrétienne n’est pas autre que cet exercice quotidien à vivre conscients que l’E.-S. habite en nous. Question : les dons du S.-E. et même sa présence peuvent-ils nous être retirés ? peut-on perdre le S.-E. ? Oui (cf. Ps 50 : ne me retire pas… ; rends-moi… ; renouvelle en moi…) : chercher ce que nous avons fait ou pensé pour être privés de l’E.-S., démarche de repentir ; donne-moi de voir mes fautes = révèle-moi en quoi j’ai « attristé l’Esprit », ce que j’ai fait, ou ce que je fais habituellement, pour être privé de lui ; car la norme de la vie en Christ c’est la vie dans l’Esprit ; l’Esprit fait vivre en nous le Christ humanité-nouvelle.

Comment lire la parole, comment se nourrir de la parole

Première partie: Catéchèse du 1er mars 2006.

La vénération de la Parole : Evangile et Bible : seul l’Evangile est sur l’autel, pourquoi ?
l’Evangile, « saint Evangile », icône scripturaire du Verbe
Gestes de vénération : prosternation, station debout, baiser, encensement, prise de l’Evangile avec crainte, procession, ostentation, la proclamation à matines).

Lutter contre la sécularisation de la Parole
L’Evangile n’est pas un livre-objet mais un livre-icône (couverture ornementée). C’est la loi nouvelle (Thorah), mais on vénère le Donateur plus encore que le don, Il le transcende, les chrétiens ne sont pas des « gens du livre ». Oralité

Jésus est en personne la parole divine incarnée (jean 10 36 38)
Présence de la Parole ou Verbe (Logos : raison, pensée, parole…)
La Parole parle et agit : Parole (hypostase du Logos) et paroles (logoi)

La Parole-nourriture
La Parole se donne en nourriture : Jean 5 ; Matt 4, 3 ; Dt 8, 3, le Notre-Père
En Carême changement d’alimentation : le Christ n’a pas enseigné la non alimentation, Il a donné la Parole, c’est-à-dire lui-même en nourriture (cf. aussi : « ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père » (Jean 4, 34), se nourrir de la Parole c’est donc également faire, mettre en pratique cette parole)
Faire l’expérience de remplacer un repas par la l’écoute de la Parole
Les méthodes
- assimilation (« lecture divine », écoute et manducation liturgique, les deux parties de la divine liturgie, mémorisation)

L’intelligence de la Parole
Parole et Esprit : la Parole parle et s’incarne de l’Esprit; l’Esprit interprète et incarne, accomplit : sens, vérité, signification ; transfiguration, action
La communauté ecclésiale est remplie du saint Esprit donc capable d’écouter la Parole, de la garder et d’en avoir l’intelligence « pneumatique »

Le Christ a un enseignement sur cette interprétation : scruter les Ecritures Jean 5, 39-46 ; Luc 24, 32 ; Il donne l’exemple en interprétant la parabole du Semeur ; Il interprète la Bible après la Résurrection aux pèlerins d’Emmaüs ; autre exemple, celui de saint Philippe et de l’eunuque ;

Les méthodes
- exégèse : méthode (degrés de lecture, rigueur de l’analyse littéraire, connaissance du contexte historique et des langues)

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deuxième partie: Catéchèse à Louveciennes le 22 mars 2006

I. Rappel : la sainteté de la Parole, icône scripturaire du Verbe, le Fils de Dieu incarné

- « présence réelle », le seul Evangile sur l’autel ou au centre de la nef, Evangile-Icône
- la vénération : prosternation, baiser, offrandes (lumière, encens), attitude religieuse
- la prière : le fidèle parle à son Seigneur invisiblement présent, visiblement dans l’Icône, l’Evangile, la Croix, la communauté des baptisés, les saints mystères, éminemment l’Eucharistie…
- se mettre en présence (silence intérieur et extérieur) : le Seigneur est là, Il t’appelle, Il t’écoute, Il veut parler à ton cœur, cf. év. de dimanche dernier, Marc 2, 1-12 : « Il leur disait la Parole… »
- apprendre à respecter la présence (enfants, parents…), la « crainte » de Dieu
- dans l’Evangile le Seigneur parle (à son Père, à ses disciples, à ses ennemis…) ; on parle de lui ; on lui parle
- surtout : puissance divine (divino humaine) de sa présence : lire, c’est se mettre en présence, se nourrir de la présence, laisser la présence agir miraculeusement (ce n’est pas de la magie, c’est la foi dans la puissance de Dieu !). Le saint Evangile, comme l’Icône, la Croix, est appliqué aux malades, la prière parle de la puissance de Dieu (cf. prière dans l’office de l’Onction)

II. Comment lire ?

- rappel : la méthode de base est toujours la méthode antiphonée (alternance d’écoute et de prononciation ou de chant) ; l’important c’est d’écouter ; lire en écoutant (Ecoute, Israël !) : on écoute dans un espace et un temps, et les sens participent (ouïe, vue, odorat, toucher, goût ?)
- quel texte ? P. ex. celui de la TOB ; avoir un volume recouvert et portant l’Icône ou la Croix ; lecture continue ou suivant le calendrier liturgique, ou en laissant le livre s’ouvrir (Esprit)
- position : debout ou à genoux (= debout petit…) – sauf impératif !
- lecture priante : à haute ou moyenne voix, de façon audible, pour écouter, pour laisser sa place à l’Esprit saint ; si l’on doit lire à voix basse que ce soit en écoutant
- lecture orientée (espace): vers le Christ (Icône, Orient, Croix, l’autel…)
- tester le ton de la voix : douceur (chercher son cœur), sobriété, naturel, écho du silence, pauses (respirations) pour écouter ce qu’on a lu et ce qu’on va lire (Esprit) ; lire rigoureusement recto tono  pour écouter (Esprit), à vitesse moyenne
- seul ou en communauté (quand vous êtes 2 ou 3 réunis en mon Nom…), à l’église, à la maison (avec les enfants s.v.p. !), où l’on veut (en voiture, dans la nature, etc.)
- lumière, encens (honore la présence invisible, le Seigneur qui est là), icônes
- une personne lit, les autres écoutent ; on peut lire à tour de rôle (cf. psaumes ou chapelet). - commencer par les prières initiales et, après le Notre-Père et les tropaires (éventuellement), le psaume 142 ou le psaume 50, « Gloire… et maintenant… » Kyrie (3 f.) et la prière suivante :

« Fais luire dans nos cœurs la pure lumière de ta divine connaissance, ô Seigneur, Ami des hommes, et ouvre les yeux de notre intelligence pour que notre esprit reçoive tes messages évangéliques. Mets en nous également la crainte de tes bienheureux commandements, pour que nous menions une vie selon l’Esprit, que nous foulions aux pieds tous les désirs charnels et ne pensions et n’agissions qu’à la seule fin de te plaire. Car Tu es l’illumination de nos âmes et de nos corps, ô Christ Dieu, et nous te rendons gloire avec ton Père éternel et ton Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles : Amen ! »

- (s’il y a un prêtre : « sagesse, debout », etc.) puis le titre : « lecture de l’Evangile selon saint N… / Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi ! » et la lecture ; à la fin on marque le point. Puis : « Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi ! »
- on peut ensuite dire « Gloire… et maintenant… » et une prière (pour les malades ou pour toute circonstance, comme dans l’office du Psautier) avec des noms. Puis les prières habituelles de clôture.
- s’il faut simplifier, garder « Par les prières de nos saints Pères… », « Roi céleste… », « Gloire… et maintenant… », Kyrie (3 f.), « Fais luire… », le titre, « gloire à toi… », la lecture, « Gloire à toi… » et « Par les prières de nos saints Pp. »

III. Quelle est la place de l’interprétation ?

- par ce qui précède, on voit qu’il s’agit d’être illuminé ; « comprendre », dans la prière, veut dire « recevoir à l’intérieur de son intellect » (katanoew ) et non réduire à des raisonnements humains : on a traduit « que notre esprit reçoive » ; il s’agit de s’ouvrir par le saint Esprit à la présence et au message du Christ
- l’interprétation ou exégèse est une préparation à la lecture priante et à l’action évangélique ; son but n’est pas d’élaborer une connaissance ; la connaissance, elle, est donnée dans l’union et la communion à la Parole ; celle-ci est un sujet, non un objet de connaissance : la Parole, c’est Quelqu’un ! Et Il veut nous illuminer, nous instruire Lui-même (cf. prière de vêpres « Tu es béni, Seigneur, enseigne-nous par tes commandements ! Tu es béni, Maître, instruis-nous par tes commandements ! Tu es bénis, Saint, illumine-nous par tes commandements ! »)

- la méthode des saints Pères se ramène à ceci :
° le respect du sens littéral (historique, etc.), premier degré
° la mise en valeur du sens théologique (identité de Jésus, place de l’Esprit, mystère de l’Eglise, etc.), deuxième degré
° la quête du sens mystique (ou moral), ce que la Parole signifie pour la personne et son expérience intime (prière, conversion, vision de son péché, engagement à telle ou telle pratique, relation personnelle avec le Seigneur…), troisième degré
- l’interprétation peut précéder la lecture (préparation, démarche catéchétique avec en vue la lecture, comme on prépare un office liturgique) ; elle peut suivre la lecture, pour formuler le projet qui découle de l’enseignement et des actes du Seigneur dans son saint Evangile, de la puissance de sa présence. Le Seigneur et Maître de ma vie nous a ou m’a parlé et voici ce qu’Il m’appelle à faire si je veux être son disciple…
- la « grille de lecture » est toujours le dogme de l’Eglise, ce que le Seigneur a révélé de lui-même à ses saints apôtres et qu’Il continue à révéler par le saint Esprit; on respecte la cohérence entre la Tradition de l’Eglise (orale, iconographique, ascétique, théologique, etc.), le texte lui-même (sachant qu’il n’est pas exhaustif, comme l’icône, il est une stylisation, une synthèse de l’événement), et le sentiment intérieur ou inspiration (l’Esprit saint agit toujours, Il régit l’Eglise et les membres de celle-ci, la lecture et l’intelligence de la Parole devraient être inspirées et prophétiques…)
- on utilise correspondances (cf. notes de la TOB ), données historiques, études, dictionnaires
- les limites de l’exégèse, notamment de l’exégèse scolaire ou universitaire (« scientifique »), sont : la réduction à la raison humaine seule, la transformation de la Parole en objet, la perte du sens religieux de la présence et de la gloire divine dans sa Parole, le traitement de Dieu comme une troisième personne, au lieu de le considérer comme un Je ou un Tu. En fait, c’est dans la relation interpersonnelle du Seigneur et de son disciple que se fait par le saint Esprit la révélation de la volonté du Père, enjeu de la lecture. Les sciences (langue, histoire) ont leur place instrumentale
- quelques conseils supplémentaire : situer le passage (avant, après) ; chercher les mots-clés ; étudier le vocabulaire (mots grecs, hébreux…) ; chercher le message principal, les messages secondaires ; se situer dans le temps liturgique ; comparer avec d’autres passages ; s’intéresser aux aspects littéraires (figures de style, sémitisme, rythmes, signes d’oralité…) ; lire une interprétation d’un saint Père (homélie de saint Jean Chrysostome p. ex.)
- la préparation personnelle : le jeûne et la prière, la rémission de ses péchés, se purifier pour Dieu et avant de lire et d’étudier sa Parole (dans le cas contraire on ne peut communier à la sagesse divine incluse dans sa Parole) – exégèse et ascèse

Conclusion : avoir le courage d’aborder la Parole avec la mentalité orthodoxe, qui est une démarche priante, mystique, mystagoqique, religieuse, fondée sur une théorie propre de la connaissance par illumination (ellamyis, fwtismos) et transfiguration (metamorfwsis) de la raison humaine et des sens corporels et psychiques par le saint Esprit. Lutter contre la sécularisation et la banalisation de la Parole (mais le saint Evangile est aussi le livre le plus familier, on l’a dans sa poche ou son sac ! Cela n’empêche pas de le respecter en tant qu’icône de Quelqu’un). Nous ne lisons par le saint Evangile pour y trouver une doctrine morale ou philosophique ; nous le lisons pour rencontrer la personne divine du Verbe incarné et communier à lui dans le saint Esprit et, par lui, à son Père qui est « notre Père ».

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Catéchèse: comment vivre notre foi chrétienne dans le monde actuel

Catéchèse en la paroisse de Louveciennes le 8 janvier 2006:

Problématique : le monde actuel étant tellement changé, la foi chrétienne paraît spécialement difficile à vivre aujourd’hui. Père Sophrony disait que c’est devenu plus difficile parce que les chrétiens prient peu ; il pensait également à l’accroissement des ténèbres dont parle le saint Evangile (Matthieu 24, Marc 13 et Luc 21)

I : rappeler la nature des rapports baptisé-monde

- le « monde » : convoitise, tentations (plaisir, pouvoir, savoir, les trois tentations du Christ au désert), illusion (fascination), saint Jean (1 Jean 2, 16)
- le monde actuel : surinformation, suréquipement (magie de la technique), surconsommation ; norme du plaisir égoïste (« faites-vous plaisir ! »), platitude du matérialisme (absence de profondeur derrière les « choses » sensibles, absence de la dimension invisible) ; sécularisation (réduction de la réalité au premier degré); relativisme (crise des valeurs, tout le monde a raison, tout se vaut, dit-on, chacun sa vérité, etc.) mais surévaluation du principe individualiste (libre disposition de soi, refus de rendre des comptes, irresponsabilité, préférence de soi à autrui, d’où les prises de position dans le domaine bioéthique, liberté puérile et erronée du « je fais ce que je veux »)
- la contradiction foi chrétienne-monde semble accentuée : le monde semble aux antipodes de l’Eglise
- le nombre des croyants paraît infime (et manque l’unité de foi), la grande apostasie des chrétiens a commencé (cf. Matthieu 13, 21 ; 2 Thessaloniciens 2, 3 ; Hébreux 3, 12 et 10, 26 ; 1 Jean 2, 19-25 ; 4, 3 ; Apoc. 13, 3)
- simultanément, le baptisé, sans appartenir au monde, est dans le monde (famille, paroisse, monastère) et confronté tous les jours au monde (circulation extérieure, pénétration des informations par TV et Internet dans les foyers), le monde n’est plus tenu à distance, les enfants sont plus exposés qu’ils ne l’ont jamais été à cette circulation des informations, des idées et des objets ; ils sont particulièrement exposés à la convoitise (publicité, etc.), par exemple pendant la période de Noël
- un monde qui prétend se passer de Dieu, le fait religieux y est présenté comme bizarre ou négatif, anecdotique ou pittoresque, plus culturel et fantaisiste que profond ; il est caricaturé par les extrémismes ; on a perdu l’idée que la religion est une connaissance de Dieu, du monde et de l’Homme, connaissance d’autrui, de soi et, justement, du monde
- pourtant, le baptisé est un être humain consacré au service de la Parole de Dieu, un membre du Corps du Christ le nouvel Israël, Peuple de Dieu, un temple de l’Esprit, « porteur du Christ » et « porteur de l’Esprit » dans la monde.

II : que faisons-nous, chrétiens, dans ce monde ?

- le chrétien n’appartient pas au monde (Jean 17, 14) – il est mis à part par la consécration sacerdotale ; mais il vit dans le monde – il est envoyé dans le monde (mission des laïcs). Situation paradoxale et inconfortable de témoin (« martyr »)
- le complexe d’infériorité chrétien : nous (l’Eglise) serions loin du monde (c’est l’inverse qui est vrai), à la remorque de lui, abandonnés par lui (il ne nous soutient pas, il ne soutient pas les mêmes valeurs que nous)
- le complexe de supériorité des chrétiens et de certaines sectes : diabolisation du monde, sentiments d’appartenir au groupe des élus, des purs, tentation intégriste de juger et de condamner
- le besoin de justifier son existence (le monde actuel, système du libéralisme économique, veut de la productivité, de la rentabilité et de la consommation), nous croyons devoir nous justifier devant lui, etc., être utile, avoir sa place…
- impuissance à imposer au monde (à ses enfants) ses valeurs : les chrétiens constatent qu’ils ont perdu le pouvoir sur le monde, sur la société (heureusement… ils n’ont plus que le pouvoir de l’amour)
- d’où la tristesse (la mauvaise tristesse), le découragement (péché du doute) des chrétiens : à quoi bon ? Ce qui nous fait vivre ne fait plus vivre que nous ; nos enfants renient le trésor que nous voulions leur donner ; nous n’aurons rien transmis, etc. Quel avenir pour les chrétiens et pour la foi chrétienne ?
- mais nous oublions que c’est le Christ qui veut agir par nous, nous ne sommes pas seuls ni orphelins (discours du Christ avant l’Ascension), le Christ est la Tête de l’Eglise, donc de nous ; l’Esprit saint remplit l’Eglise, donc nos propres personnes 

III. Inverser le rapport Eglise-monde : l’Eglise porte le monde, c’est elle la norme

- la situation n’est pas nouvelle (exemple de l’Eglise primitive dans la société antique) : les chrétiens sont « l’âme du monde »
- la situation est nouvelle (un monde déchristianisé est très différent d’un monde non christianisé ou païen, exemple des pays de l’Est) : c’est vrai, cela accentue notre responsabilité
- des difficultés immenses sont en germe dans le monde actuel (crises économiques et écologiques sans précédents, affrontement inouïs entre les ethnies et les peuples, « guerre des mondes »), nous devons nous y préparer et préparer nos enfants par une éducation appropriée (lire la Parole de Dieu à la maison, cf. message de Noël de Monseigneur Joseph)
- nous vivons par la Foi : croire que Dieu aime son monde, croire en la prière (prier pour le monde), dans le pardon, dans la puissance du jeûne  (jeûner pour le monde, les carêmes), dans la puissance de l’exemple des saints et des justes dans le monde (lire la vie des saints dans le Synaxaire)
- écouter l’enseignement de Jésus Christ (Jean 13 à 16) concernant le rapport Eglise/monde
- être conscients que l’Eglise que nous sommes porte le monde
- répondre à notre vocation pour aider le monde (prière solitaire, création d’une école, ministère dans l’Eglise, mission des parents dans la famille, service du prochain dans la société, vie associative, responsabilité municipale et politique, témoignage par l’art…). Se poser la question, non seulement « qu’est-ce que je fais dans ce monde ? » mais « qu’est-ce que je fais pour ce monde ? »
- gérer notre relation avec le monde (TV, Internet, revues, lectures, fréquentations, etc.)
- agir dans le monde de l’intérieur par la famille, par la paroisse, le monastère

Conclusion :

Pensons à la situation des premiers chrétiens, écoutons fréquemment le saint Evangile et les psaumes (immergeons-nous dans la Parole et laissons la Parole s’immerger en nous dans le cadre de l’Eglise et surtout de sa vie liturgique) ; pensons que tout est une occasion d’acquérir l’amour de Dieu et d’en témoigner autour de nous ; laissons à Dieu le jugement et la parole

Catéchèse du 6.4.5

Catéchèse à Louveciennes, mercredi 6 avril 2005

Le péché : pourquoi et comment s’en libérer ?
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Introduction : la période du Carême est de toute l’année la période où l’on s’attaque le plus au « péché ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Et pourquoi cela ?

1. Définition du péché : peut-on définir le « péché » ?

- déviation (désobéissance : non-écoute ; non accomplissement) : le péché est le non-accomplissement du bien, un manque à accomplir, à obéir à la volonté divine : le péché initial est désobéissance, mais comme non-obéissance, ignorance ou mépris du précepte divin ; il se définit, selon le terme grec amarthma , comme erreur, déviation par rapport au but, illusion, tromperie, le fait de prendre le mal pour le bien.
Ce péché « initial » est celui commis au Paradis, l’être humain étant trompé par Satan ; le péché de conséquence vient en deuxième lieu - transgression (péché comme faute) : - sens usuel de « faute », « crime » ( lat. : peccatum) : acte conscient par lequel on contrevient aux lois religieuses et divines. Transgression, erreur ; désobéissance comme transgression, - le péché transgresse la volonté divine (loi paradisiaque, loi mosaïque, lévitique, loi de l’Evangile, Matthieu 5 à 7) : régression vers le non-être

- le péché (initial ou consécutif) affecte la relation Dieu/Homme, et n’existe que dans ce contexte, les péchés commis contre le prochain ne sont tels que parce qu’ils contreviennent à un précepte divin concernant ce prochain - captivité (passions) : l’Homme est d’abord trompé (le Malin le séduit vers une apparence de bien, prend la couleur du divin, se déguise en messager divin, lui qui est précisément un ange, pour attirer l’Homme vers lui, le détourner de Dieu à son profit : c’est pourquoi il l’attire par des paroles divines, falsifiées) ; puis, pris au piège du plaisir, prisonnier de l’indécision, captif de la passion, l’Homme transgresse le commandement.

L’origine du péché est l’attrait d’un bien illusoire ; la suite du péché est la transgression du commandement ; l’état de péché est la complaisance dans une erreur dont on jouit, où l’on trouve son bien. L’enfer est d’abord « pavé de bonnes intentions », habité par ceux dont « la bonne foi a été surprise » ; il est ensuite révolte contre la volonté divine ; il est enfin le lieu de ceux qui se complaisent dans une autonomie sans Dieu, péché d’habitude, sorte de seconde nature.

Les saints Pères dressent la liste des passions fondamentales (péché de captivité) : elles se ramènent à l’amour de soi (amour du plaisir) - hérédité des conséquences du péché des pères ; répétition et imitation du péché adamique ; ne constitue pas une obligation de pécher ! (exemple d’Abraham, d’Elie, de Melchisédech, qui eurent la connaissance de Dieu avant l’Incarnation ; du saint Prophète et Précurseur du Christ le Baptiste Jean, qui reconnut l’Agneau de Dieu, de la Mère de Dieu, qui se garda dans la virginité et qui, purifiée de toute conséquence héréditaire du péché, sut « obéir »)

2. Pourquoi s’en libérer ? L’être humain peut vivre autrement : impeccabilité, impassibilité, immortalité, divinité… Le péché a comme conséquence la souffrance (douleur +) et la mort : réalités contre nature. L’être humain est appelé à vivre selon sa nature (comme il a été appelé du néant à l’être), d’où le baptême En cas d’insensibilité (ex. du Pharisien) : pb. du Jugement et du salut (crainte…) L’Eglise donne l’exemple évangélique du Fils prodigue qui se lasse des faux biens ; pire est la situation du Pharisien, qui se complaît dans son orgueil. C’est pourquoi, dans le livre du Triode, il vient en premier. Le problème du péché est que l’Homme n’en souffre pas toujours. Peut-être que son entourage en souffre, mais lui ne voit pas les souffrances qu’il inflige aux autres : tout va bien pour le Pharisien, victime de l’illusion du bien. Heureux le Fils prodigue, qui a la nostalgie de la Maison paternelle, qui souffre de faim et de soif. Mais celui qui est heureux dans son mal, pourquoi en sortir ?

L’Eglise donne pour ceux-là l’enseignement concernant le Jugement ultime, pour toucher le Pharisien par la crainte… L’Eglise rappelle le bonheur que connut l’Homme au Paradis. Si on ne sait pas qu’on peut vivre autrement, pourquoi changer ? le vrai problème du salut est peut-être là : l’indifférence au salut…

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catéchèse 2.3.5

Catéchèse à Louveciennes le 2 mars 2005

Pourquoi et comment organiser le sanctuaire

La théologie de l’église – temple chrétien

On va voir ce que fait la tradition chrétienne dans le domaine de l’architecture, puis on cherchera la signification de ces ordonnances et l’application à nous…

Comment les chrétiens ont-ils disposé leur sanctuaire ?

L’Eglise primitive :

l’Assemblée (ekklesia) est l’Eglise et le temple non fait de main d’être humain (cf. enseignement de saint Paul sur le baptisé « temple du saint Esprit »)

mais l’Eglise se réunit : maisons particulières, tombeaux, catacombes, basiliques, maisons transformées en église ; utilisation de locaux de fortune

Elaboration d’une tradition architecturale chrétienne

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